Art et féminité


S’intéresser à Frida Kahlo, c’est reconnaître le courage et la force d’une femme dont la carrière d’artiste peintre a démarré à la suite d’un drame et qui a su transcender ses souffrances pour devenir une des femmes peintres les plus célèbres au monde. Son style pictural est unique, ses œuvres colorées riches en symboles sont immédiatement reconnaissables et son visage au célèbre monosourcil est omniprésent dans la pop culture. 

De l’ombre naît la lumière


Frida Kahlo est née le 6 juillet 1907 à Mexico. A 6 ans, après avoir contracté la poliomyélite, elle se retrouve avec une jambe plus courte que l’autre. Enfant déterminée, elle ambitionne de devenir médecin. Sa vie s’effondre à 18 ans lorsque le bus qui la ramène chez elle après l’école est percuté de plein fouet par un tramway. Le bilan est dramatique: son frêle corps de jeune fille est brisé, sa colonne vertébrale se retrouve fracturée en trois endroits, son abdomen transpercé jusqu’au vagin par une barre en fer. Alors qu’elle est alitée et en proie à de grandes souffrances physiques et émotionnelles, sa mère lui offre des couleurs et un chevalet. Allongée, le corps enserré dans un corset, Frida se met à peindre avec la douleur et la conscience de ce qui a été perdu et dont on ignorait la simple jouissance.


« Frida peint, parce qu’elle voulait être médecin, parce qu’elle était une des premières femmes à entrer à la Prepatoria, elle peint parce qu’elle ne fera plus d’études, elle peint parce que les douleurs la réveillent la nuit sans qu’elle ait pu s’endormir (…), parce qu’elle éprouve sa solitude comme un jus d’agave qui lui colle le corps, (…), parce que quand elle peint, elle ne réfléchit pas, elle danse comme une furieuse sans bouger (…), elle peint parce que son père lui a dit, un jour, qu’il fallait apprendre à regarder, et par-delà, à voir, elle peint parce que c’est tout ce qui lui reste ». 

Claire Berest, Rien n’est noir, 2019. 

Amour passion

La peinture la conduit au grand amour de sa vie, Diego RIVIERA, le peintre le plus célèbre du Mexique, fatal coureur de jupons, qui habille les murs de fresques gigantesques. Frida vivra avec lui une grande passion amoureuse, orageuse et douloureuse. 

« J’aimerais te peindre mais je manque de couleurs – tant il y en a! – dans ma confusion. La forme concrète de mon grand amour ». 

Frida Kahlo, Ecrit pour Diego Riviera, 1953.  

biographie en peinture : Art thérapie

Frida peint la vie, sa vie et ses peintures sont en quelque sorte sa propre biographie. Dans ses œuvres s’entremêlent les thématiques personnelles et politiques  Elle trouve dans la peinture un exutoire pour communiquer ce qu’elle ressent, notamment sa souffrance physique et émotionnelle, à travers des métaphores visuelles colorées, étranges parfois violentes. C’est ainsi qu’elle fit un pied-de-nez à André Breton et au mouvement des peintres surréalistes qui voulaient la compter parmi les leurs en clamant: « Ils pensaient que j’étais surréaliste, mais je ne l’étais pas. Je n’ai jamais peint mes rêves. J’ai peint ma propre réalité ». 

Dans ses autoportraits, Frida Kahlo incarne sa propre vision de la féminité. Elle aime l’auto-ornement, elle est toujours élégamment coiffée, sa longue chevelure noire tressée est ramenée sur le haut de la tête, piquée de fleurs. Elle ne porte que des robes longues traditionnelles mexicaines, les robes Tehuana, chargées de broderies et colorées. Vêtue ainsi, Frida entend se démarquer des autres femmes physiquement et intellectuellement, devenir une personnalité autonome en tant qu’artiste, affirmer ses convictions politiques et son attachement à la culture traditionnelle mexicaine mais aussi, plus prosaïquement, cacher ses imperfections corporelles.

Corps oeuvre d’art vivante

En effet, entre le jour où Frida a contracté la polio et celui de sa mort, elle a subi 22 opérations chirurgicales qui lui ont abîmé le corps. Frida est aussi souvent accompagnée des animaux qu’elle affectionne, palliant ainsi les enfants qu’elle n’a jamais pu avoir. Autoportrait avec un collier d’épines et un colibri (1940). A travers ses peintures, on perçoit également le rapport douloureux qu’elle entretient avec son corps. 

Dans La colonne brisée (1944), elle se représente debout au milieu d’un paysage aride, les cheveux détachés, son torse nu est enserré par des sangles métalliques. Elle a une colonne vertébrale ionique. Des larmes coulent sur son visage déterminé et des clous sont plantés un peu partout sur son corps, en particulier dans son cœur et sur son visage. Pour autant, il se dégage de son visage beaucoup de force et de courage, et on comprend avec quelle détermination Frida a continué à explorer son monde intérieur grâce à la peinture, même dans les moments les plus pénibles. 

sexualité et plaisir

La colonne brisée (1944) Ses toiles sont riches en représentation métaphoriques de la sexualité féminine. En particulier dans les natures mortes avec les fruits mûrs coupés en deux qui exposent leur chair délicieuse et rappellent la Yoni de la femme. Car Frida est aussi une femme qui recherche le plaisir et qui croque la vie à pleine dent.
Nature morte avec perroquet et drapeau (1951)

dernière peinture de l’artiste

Dans son oeuvre ultime, une nature morte avec des pastèques appétissantes aux couleurs vives portant sa devise: « Viva la Vida! », Frida rappelle sa vision panthéiste de l’humanité où tout est amené à renaître pour vivre à nouveau. Elle rejoint l’écrivaine Georges Sand qui nourrissait, elle aussi, un amour sensuel pour la nature et pour qui « La nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle possède le secret du bonheur et nul n’a sur lui ravir ».
Viva la Vida (1954) 

Rédigée par Claire Isabelle

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