Il est des rencontres qui vous marque. Je suis assise dans les gradins d’une petite salle de théâtre au cours Florent et ce jour là je découvre le travail de Fannie LINEROS. La première chose que j’ai eu envie de faire à la fin de la représentation c’est m’amuser. Je pouvais ressentir la vie en moi. De la joie voilà ce que mon corps à intégré ce jour là par le biais de son travail.

  • Prendre un ballon, souffler dedans et rire en le laissant s’envoler
  • Verser des paillettes sur un cahier et coller des étoiles qui brillent
  • Danser dans le salon en se regardant dans le miroir et en chaloupant vers soi même
  • Courir dans le jardin à travers l’arroseur automatique
  • Rire, créer, sentir de la joie dans son corps, trouver le jeu
  • Retrouver le je
  • S’imaginer à mille lieux d’ici en étant allongée dans son lit
  • Sourire en regardant par la fenêtre la pluie qui tombe
  • Danser avec son chien
  • Rire avec le ciel
LES COLORIÉS

quel est ton parcours?

Mon parcours commence dans un village du Sud de la France bordé de vignes. J’y ai grandi dans une famille qui aime les déguisements, le karaoké et les sketchs, le rock’n’roll, les antiquités et la brocante. Mon père, fils de mineur devenu styliste chez Chipie est un personnage à lui tout seul : haut en couleur, bigarré et sans filtre,il a toujours aimé faire rire les gens et à cette capacité à engager la discussion avec tout le monde avec grand simplicité.

Ma mère, devenue infirmière par soucis de faire du bien aux autres, n’avait pas oublié son rêve de jeune fille d’entrer au cours Simon à Paris. Elle y avait renoncé par amour et s’était donc retrouvé dans cette partie de la France, ensoleillée et sauvage.

J’ai grandi dans une famille d’une grande bonté et extrêmement tolérante qui m’a élevé dans la joie, le respect de l’autre et l’honnêteté. Nous ne roulions pas sur l’or, mais la simplicité de la vie nous rendait heureux.

Je n’ai manqué de rien dans cette maison et j’y ai appris que ce qu’il y avait de plus important dans la vie, c’était d’être heureux. Ce qui dans mon cas veut dire, être en adéquation avec moi même.
Très vite, le sport à fait parti de ma vie, mais je n’en avais jamais assez. Ayant une capacité à m’adapter facilement, j’avais des facilités dans tout. Et il fallait que les choses aillent vite, sinon je me lassais. 

J’ai donc fait du judo, de l’aïkido, de la natation, de la gym, de la danse, de l’équitation, du tennis, mais rien de tout ça ne m’a passionné vraiment. J’aimais l’exercice physique, mais quelque chose me manquait. 
À douze ans, j’ai découvert le handball, et donc, le sport d’équipe. Et j’ai enfin trouvé ce qui m’avait manqué pendant tout ce temps. UNE TEAM.

La seule chose qui ne m’a jamais lassé, c’est le théâtre.

Dans le village dans lequel j’ai grandi, il existe une sorte d’association qui regroupe toutes les activités (l’amicale laïque). Et c’est avec grand naturel que ma mère à pris en charge les ateliers de théâtre dédiés aux enfants.

Ma sœur ayant 8 ans de plus que moi, j’assistais très rapidement aux répétitions des « grands » et j’adorais ça. Déjà petite, je connaissais le texte de tout le monde par cœur. Apparemment, j’ai toujours eu une excellente mémoire. Ce qui enfant, étonnait déjà ma mère.

C’est donc à 4 ans et demi que je rejoins la troupe des enfants. Et quel bonheur de pouvoir enfin faire partie de cette grande cour de récréation ! On jouait ! On se déguisait ! On inventait des personnages ! Et surtout, on avait la chance de restituer notre travail devant un public au spectacle de fin d’année.

Fannie par Thomas Gendronneau

C’était alors le moment le plus important car il réunissait tout le village dans la salle des fêtes autour d’un spectacle repas.

Il y’ avait des rires. De la joie. Du voyage. De l’humanité. Du partage. Toutes ces valeurs qui sont tellement importantes pour moi et qui m’ont donné envie de faire le métier que je fais aujourd’hui.L’espace d’un moment, il n’y avait plus de différences entre les gens. Ils acceptaient tous, pendant une heure, de croire à la même chose. C’était fort.

J’ai grandi avec l’évidence que l’unique succès que je pourrais avoir dans la vie serait d’être heureuse. Mes parents m’ont toujours poussés à faire ce qui me faisait plaisir, ce dont j’avais envie. Et ce dont j’avais envie, c’était de continuer de jouer. De devenir comédienne.
C’est ainsi que dans la dernière ligne droite de l’année de terminale et au grand dam de l’administration, j’ai marqué dans mes vœux que je souhaitais intégrer une université pour y étudier le théâtre.

L’administration a tout de suite convoqué mes parents pour leur dire que ce serait une erreur qu’une élève avec un potentiel comme le mien – je faisais parti des meilleurs élèves du lycée- s’abaisse à intégrer une licence d’art dramatique plutôt que de faire une école de commerce.
Mais mes parents m’ont fait confiance.

« Fannie veut faire du théâtre, nous la soutenons dans son choix » a rétorqué mon père. C’est grâce à leur soutient infaillible que j’en suis là aujourd’hui.

qu’as tu fait après ta licence?

Après ma licence de Théâtre, je n’étais pas encore rassasié de théâtre. J’en voulais toujours plus. Il fallait que je joue, et que je joue encore. J’aime les répétitions. J’aime la recherche. J’aime la fatigue d’une journée dans un théâtre. C’est de la belle fatigue.


Je ne savais alors pas quoi faire, car j’étais tiraillé entre deux choses : si je voulais vraiment vivre de ce métier, il me fallait monter à Paris. Mais, je suis une fille de la campagne, et je n’avais aucune envie de tout quitter pour vivre dans une grande ville.

Lors de mes trois ans à l’université, j’avais tenté le CNSAD deux fois. Plus parce que mon professeur de théâtre m’avait dit que j’étais une excellente comédienne et que je devais tenter ma chance que parce que j’en avais réellement envie.

Appelez moi Candide – ce que je suis souvent – mais à l’époque, je n’avais aucune idée de ce qui se tramait vraiment derrière les portes de ce conservatoire.
Les deux fois, j’ai été accepté au premier tour. Jamais au deuxième, bien évidemment, car rien ne pouvait nous préparer à passer le 2ème tour de ce concours.

La dernière année, j’ai repassé le concours du CNSAD. Cette fois, je suis allée jusqu’au 3ème tour grâce à la fameuse Grétel Delattre dont mon professeur m’avait parlé.
Au 3ème tour, je n’ai pas fait partie des 15 filles (sur 30) sélectionnées pour faire partie de la nouvelle promotion. Après discussion avec la directrice, celle-ci m’a dit : Tu es beaucoup formée, tu as maintenant besoin de travailler, de te lancer dans la vie de comédienne.

Je me suis dit que c’était cocasse : j’étais passée de pas assez formée à trop !
Par Sophie Mousel

C’est grâce à cela que j’ai rencontré Anne CONTENSOU avec qui je travaille au sein de la compagnie Bouche Bée depuis ma sortie de l’école. Ce fut une vraie rencontre artistique, et pour rien au monde, je n’échangerais le destin qui s’est joué lors de ce 3ème tour.

Voici donc cinq ans que je suis sortie de l’école et évidemment, comme tout sportif, je continue d’évoluer et de faire du chemin. J’ai découvert l’art de la mise en scène, l’univers de la cascade, les méthodes Meisner en Angleterre. 
Un jour quelqu’un à dit « un acteur est un athlète » et je suis d’accord avec cela.

C’est un métier qui, pour moi, demande la même rigueur qu’un athlète. Le corps est nécessaire, tout comme l’entrainement.C’est ainsi que j’essaie de continuer de m’entrainer.

TU HABITES PARIS, QUE T’INSPIRES CETTE VILLE?

Cela fait 8 ans que Fannie habite Paris. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas une ville qui l’a faite rêver. Elle ne se voit pas y vivre pour toujours. Elle à appris à apprécier Paris aux fils des ans. Fannie me confie qu’elle n’aime pas particulièrement cette ville et qu’en même temps l’histoire de cette capitale la fascine. Elle aime Paris pour ce que cela signifie dans les esprits : La ville des lumières, la ville de l’amour.

Fannie aime :

  • Le jardin des plantes
  • Le parc des Buttes Chaumont
  • Les petites rues de Saint Michel
  • Le quartier du marais
  • La cité des sciences dans le parc de la villette
  • Les gens qui y vivent et que j’aime
  • Les piques niques estivaux improvisés au bord du canal de l’Ourcq
  • La vie culturelle, les musées, les épiceries qui restent ouvertes tard, les petits restaurants chinois bon marché, les activités sportives.
Je pense que c’est la ville qui m’a faite grandir. Qui m’a sorti de ma candeur naïve. Une ville dans laquelle j’ai eu énormément de joies, mais également beaucoup de peines et de déceptions.

Quelle formation tu recommanderai pour un/une comédienne ?

Il n’y a pas de « meilleure formation » pour devenir comédien. Certains font de grandes écoles nationales et ne travaillent pas. D’autres se sont laissés bercés par les expériences de la vie et des rencontres et ont réussi à tisser leur toile dans la vie théâtrale. 


Être comédien, c’est certes du talent, mais c’est aussi du travail et de la chance. C’est un peu comme « être là au bon moment ». C’est un tout.


C’est pourquoi je conseillerais à quiconque veut se lancer dans le métier de comédien de commencer par s’inscrire dans un cours pour s’y frotter. Voir ce que c’est que des exercices d’impros, l’apprentissage de texte, le vivre ensemble, le lâcher prise. Voir ce que cela fait d’être devant un public.

Pour ma part je conseillerai de faire la formation des cours Florent.
Je sais que cela représente un certain investissement, mais cette école est tout de même dotée d’excellents professeur qui – pour la plupart – sont passés par ces écoles nationales, et savent ce qu’ils font. Ils savent dans quoi ils vous embarquent.
Le rythme de travail demandé aux Cours Florent est intense, challenging mais il est similaire au rythme qu’un élève retrouverait dans une école nationale.


Non seulement, la formation est de qualité, mais elle permet aussi de rencontrer sa famille théâtrale. Ce sont trois ans qui permettent de savoir quel théâtre l’on veut faire, et avec qui on veut le faire.
Je sais que les Cours Florent sont une école qui n’est pas bien vu car réputé bling bling – et je dois admettre que moi la première, j’y étais très réticente lorsque l’on m’a conseillé de l’intégrer – mais c’est un lieux qui attire des artistes incroyables et l’on y fait des rencontres formidables.


Dans la vie, il faut savoir prendre ce qui est bon, et laisser ce qui ne nous convient pas. Je ne dis pas que les cours Florent sont « parfaits » mais j’y ai retrouvé des artistes avec la même rigueur théâtrale que moi. Des gens avec qui nous voguons sur le même bateau de théâtre.

Tu peux nous parler de la pièce les coloriés que tu mets en scène ? 

Oui ! Avec grand plaisir !
À la base, les Coloriés est un livre d’Alexandre JARDIN.
Et c’est un livre qui a changé ma vie.
Comme je disais plus haut, j’ai parlé de ma différence sur laquelle j’ai pu mettre des mots à Paris. Cette différence me suit depuis que je suis petite. Je n’ai jamais aimé faire la même chose que les gens de mon âge.
J’ai toujours eu du mal à suivre les règles tacites de la société et je n’ai jamais compris pourquoi devait-on cacher qui nous étions aux yeux de tous.

En lisant les Coloriés, je me suis rendu compte que l’on n’était pas obligé d’accepter ces règles. Que l’on pouvait être en adéquation avec ce que l’on était à l’intérieur, et que tant pis, si on n’était pas « normal ».

Les Coloriés est une pièce/roman, qui parle de l’Enfance. Cette époque de notre vie que beaucoup ont oubliés sur un banc d’école sous prétexte qu’il faut grandir, être responsable et sérieux. Elle parle des rêves que nous avions / avons, et que nous oublions. Elle parle de toutes ces choses que nous faisons alors que nous n’en avons pas envie.


J’ai eu un désir d’adapter cette pièce au théâtre car il FALLAIT que les gens voient ce message.

La raison pour laquelle je fais du théâtre, c’est dans l’espoir d’un monde meilleur.

Et à mes yeux, un monde meilleur passe par un humain meilleur. Passe par un humain comblé. En adéquation avec ce qu’il est et ce qu’il a envie d’être.
Or, de nos jours, je vois un nombre de gens malheureux dans leur travail, malheureux dans leur vie, mais qui n’osent pas franchir le gouffre de l’inconnu. Et cela me touche.

Alors je me suis dit que si je pouvais toucher au moins une personne avec ce spectacle, ce serait déjà ça. C’est l’effet papillon n’est-ce pas ?Ce qui a été fou avec les Coloriés, c’est qu’en sortant du spectacle, nombre de spectateurs sont venus nous trouver, exaltés par ce qu’il venait de voir.

« Ça m’a redonné envie de faire des bêtises » nous a dit un cinquantenaire. « Moi, je ne veux plus être un Culotté » nous a soufflé un autre.

Tout d’un coup, quelque chose s’était passé dans ce spectacle qui leur avait rappelé l’enfance et avait bousculé l’adulte sérieux qu’ils étaient devenus.

Instant immortel par Béatrice Cruveiller

Quelles sont tes sources d’inspirations ? 

Je m’inspire d’absolument tout ce que je trouve.
Je suis quelqu’un qui adore observer, et j’observe tout. Je suis comme une éponge qui prend / pique des choses par ci, par là.Je suis un être humain extrêmement curieux, et souvent, je suis frustrée de ne pas avoir le temps de tout apprendre.


Dans mon travail de metteur en scène, je m’inspire beaucoup des formes de théâtre orientales qui sont des formes de spectacle total. Le geste se lie toujours à la parole et à la musique. C’est extrêmement important pour moi car il y a quelque chose de fascinant dans l’assemblage de tout ces arts pour servir une même œuvre. J’aime observer les rites et rituels, les codes.


Je m’inspire de la peinture aussi, organisant l’espace scénique comme un tableau très précis. Sur ce point, je suis fascinée par le travail précis de Bob Wilson. Par celui de Roméo Castelucci. Ils n’ont pas besoin de mots pour nous faire traverser quelque chose. Le tableau est là, et la sensation également.

Quel est ton film préféré?

Je trouve toujours ça très dur de définir une chose préférée. Pour moi, ça dépend toujours de l’humeur.
Mais si je devais en choisir un, ce serait Les visiteurs.
C’est un film que j’ai regardé des centaines de fois et qui m’apporte toujours autant la même joie.
J’adore le jeu de Reno, Lemercier et Clavier. Je connais toutes les répliques par coeur, ou presque, et j’adore les faire en même temps qu’eux. Dans ma tête bien sûr, sinon j’embêterais tout le monde.

Peux tu nous raconter un des plus beaux jours de ta vie ?

C’était sur l’île de Gili Meno en Indonésie et pour la première fois de ma vie, j’ai enfilé une combinaison de plongée sous marine.
Dans la piscine du club de plongée, j’ai appris les basiques avant ma première sortie en mer. Tout a été très simple tout de suite. Comme si j’avais déjà fait ça des milliers de fois. J’étais sous l’eau, respirant via un tank d’oxygène et j’étais tranquille. Comme si j’avais toujours appartenu ici.


J’ai toujours aimé l’eau, et vivant dans un village entourant d’un lac et de rivières, l’eau a toujours fait partie de ma vie. Respirer sous l’eau était mon rêve le plus cher quand j’étais petite, et je l’ai répété des milliers de fois en relâchant un « ange » que j’avais attrapé.


Je me rappelle d’un rêve que j’ai fait où j’étais au fond de l’eau, assise, et je respirais, et j’étais bien.
Et voici que pour la première fois de ma vie, j’ai sauté d’un bateau et je suis descendu à 12m de profondeur pour pouvoir, l’espace d’une heure, découvrir la vie sous marine.


C’était merveilleux. Entourée de coraux de toutes les couleurs, j’ai nagé au milieu des poissons perroquets et tortues géantes. J’étais à côté d’elles, au fond de l’eau, respirant et flottant à leurs côtés, et je les observais. Tranquillement, elles jetaient un œil de côté, prenaient conscience que j’étais là, et reprenaient leur activité comme si de rien n’était.

Merci à cette belle âme de nous avoir accordé ce temps. Cet article à été écrit en écoutant Cumbias Chichadélicas : Peruvian Psychedelic Chicha