« Premier principe: ne jamais se laisser abattre par des personnes ou par des événements »

Marie Curie
Marie Curie, Archives

Le nom de Marie Curie (née en Pologne en 1867 et décédée à Paris en 1934) est synonyme pour beaucoup d’entre nous de « radioactivité » et de « prix Nobel« . Marie Curie renvoie l’image d’une femme emblématique, une chercheuse à la renommée internationale et à l’intelligence hors norme, la seule femme à avoir reçu deux prix Nobel dans deux disciplines différentes. Inaccessible.

J’ai cependant découvert une autre facette de la vie et de la personnalité de cette femme, à travers son engagement patriotique pendant la Première Guerre Mondiale*.

Une femme qui m’est apparue profondément humaine, féministe, courageuse et altruiste. Car Marie Curie a conduit en silence une révolution scientifique dans le monde médical en mettant toute son énergie et son courage au déploiement de la radiologie sur le territoire national et à l’étranger entre 1914 et 1918. Elle a permis de sauver des milliers de vie et a contribué à l’émancipation de centaines de femmes pendant la guerre en les formant à la radiologie. 


*Marie Curie. Portrait d’une femme engagée (1914-1918), par Marie-Noëlle Himbert. Actes Sud.

Lorsque la guerre éclate en 1914, Marie Curie est déjà une femme célèbre, avec à son actif deux prix Nobel: le prix Nobel de Physique reçu en 1903 aux côtés de Pierre Curie et d’Henri Becquerel pour leurs découvertes sur la radioactivité et le prix Nobel de Chimie reçu en 1911 grâce à la découverte de nouveaux éléments: le radium et le polonium.

Première femme professeur à l’université de la Sorbonne, elle est à la tête de l’Institut du Radium, laboratoire de recherche sur la radioactivité créé en 1909. Marie Curie est à cette époque malmenée dans sa vie personnelle. Son mari, Pierre, qu’elle appelait « le doux compagnon de ma vie« , est décédé depuis déjà huit ans et elle élève seule ses deux filles, Irène et Ève. Marie se remet difficilement du scandale de « l’affaire Langevin » qui a sali sa réputation en 1911, la presse ayant divulgué au grand public les correspondances avec son amant, le scientifique Paul Langevin, alors marié.


« Les besoins du développement de la radiologie de guerre étaient urgents et c’était une question de vie et de mort pour les blessés ».  

Marie Curie – Le manuscrit de 1919
Félix Vallotton, Verdun, 1917, Paris, musée de l’Armée.

Le bilan du début de la Grande Guerre est catastrophique: il s’agit d’une guerre à l’échelle industrielle, particulièrement meurtrière car les soldats font face à des armes nouvelles. Les combats sont très longs, et les blessés, pour beaucoup amputés, se retrouvent opérés dans des conditions déplorables.

Face à cette hécatombe, Marie Curie est convaincue, dès le début de la guerre, que l’emploi des rayons X doit sauver la vie à de nombreux blessés et malades grâce à des examens rapides et complets adaptés aux nouvelles blessures, pour extraire les projectiles, soigner les fractures, examiner les organes intérieurs et aider les opérations chirurgicales complexes.

Dès août 1914, c’est avec des moyens très limités qu’elle se lance le défi d’équiper progressivement la France d’appareils radiologiques. Elle décrit ainsi l’importance du bouche à oreille, les demandes provenant « d’un médecin ou d’une infirmière avec qui elle s’était trouvée en relation ou qui avait entendu parler de son travail« . Marie Curie doit ensuite se procurer les autorisations nécessaires pour se rendre sur place, ce qui n’était pas toujours aisé, puis elle installe ses appareils et examine les malades. La dernière étape consiste à former un manipulateur.

Ingénieuse et pragmatique, elle réalise rapidement, face à l’affluence des blessés et la rareté des services radiologiques, la nécessité de rendre mobile la radiologie. Elle crée ainsi la première voiture radiologique à Paris pour venir en aide à de nombreux hôpitaux de région parisienne et permettre l’examen rapide des blessés en état grave. Elle adapte de plus en plus de voitures inutilisées, voitures que les soldats appellent les « Petites Curies ».

Courage et persévérance …

Les « Petites Curies » destinées à rendre la radiologie mobile

Marie Curie se heurte au début de la guerre à la réticence de nombreux médecins qui ne comprennent pas l’apport révolutionnaire de la radiologie. Elle est également confrontée aux lenteurs administratives pour obtenir des laisser-passer. Mais Marie est une femme endurante, courageuse, elle mobilise de son côté, quitte à détourner les circuits officiels, toutes ses relations (médecins, chercheurs, donateurs, vielles connaissances…) car elle sait que seule, elle ne pourra atteindre l’ambitieux objectif qu’elle s’est fixé. Elle devient la pierre angulaire d’une très forte entraide féminine et obtient notamment le soutien financier de l’Union des Femmes de France, une société qui est une branche de la Croix-Rouge.

Son travail inlassable, silencieux, un peu clandestin finit par être reconnu officiellement par le Service de Santé à Paris.

La formation des femmes : apprentissage et autonomie

Les femmes pendant la Grande Guerre – Archives

Face à la pénurie croissante de personnel pour manipuler les rayons X, Marie Curie décide de créer une école à destination des femmes avec des cours dispensés à la fois à l’Institut du Radium et à l’hôpital de Guerre et l’obtention d’un diplôme reconnu. L’ouverture du programme est un vrai succès et des jeunes femmes célibataires, des veuves, des mères de famille, des couturières, des femmes de chambres postulent avec des références et des preuves de capacité d’apprentissage. Tous les milieux sociaux sont représentés.

Grâce à cette formation, ces femmes accèdent à une autonomie financière avec, en poche, un diplôme et un métier. 180 manipulatrices ont ainsi été formées dans son école et ont servi dans les hôpitaux du front et du territoire, beaucoup ont obtenu des distinctions honorifiques. 


« Sois patiente et courageuse, et fais ce que tu peux là où tu te trouves maintenant ».

Marie Curie à sa fille Irène Curie, le 28 août 1914
Marie Curie et ses filles

Marie est une mère aimante et très attachée à ses filles.
Les correspondances de guerre avec sa fille Irène témoignent de cette grande complicité entre la mère et la fille. Ses idées en matière d’éducation sont elles aussi révolutionnaires pour l’époque.

Les filles doivent pouvoir accéder au même savoir et à la même éducation que les garçons. En tant que mère, elle est très attentive l’équilibre psychologique et à l’épanouissement affectif de ses filles. Elle trouve ainsi que les enfants travaillent trop, dans le système scolaire français et ne font pas assez de sport. Irène Curie (futur prix Nobel de chimie) a soutenu sa mère pendant la guerre et s’est formée à la radiologie alors qu’elle n’avait que dix-sept ans.

Elle a été envoyée seule dans des hôpitaux réaliser des examens sur des blessés. Son courage et sa maturité ont été remarquables.


Un bilan de guerre exemplaire

Tout au long du conflit, Marie Curie s’est déplacée plus de soixante fois sur le territoire français, au péril de sa vie. Elle installe ainsi 200 appareils à rayons X, mène elle-même plus d’un millier d’examens de blessés et parcourt des kilomètres au volant d’une voiture radiologique.

« Parmi ces examens, il y en eut de faits à toute extrémité où j’ai eu le bonheur de contribuer directement à sauver la vie d’hommes qui, sans ce secours, eussent été perdus à brève échéance. Dans tous les cas, j’ai retiré une grande douceur de la possibilité d’apporter un soulagement aux souffrances supportées avec tant de patience et de courage ».

Marie Curie – Manuscrit de 1919

Marie n’a eu aucune médaille de guerre, ni décoration honorifique militaire pour ses services exceptionnels pendant la Première Guerre Mondiale. Dans sa biographie, sa fille Ève écrit ainsi : « Elle a jadis refusé – et plus tard refusera de nouveau – la Légion d’honneur. Mais ses intimes savent que, si en 1918, elle avait été proposée pour le grade de chevalier à titre militaire, elle aurait accepté ce ruban unique (…). Ma mère n’eut rien (…). Personne ne songea à épingler une petite croix de soldat sur la robe de Mme Curie ».

« La vie n’est facile pour aucun de nous. Mais quoi, il faut avoir de la persévérance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l’on est doué pour quelque chose, et que, cette chose, il faut l’atteindre coûte que coûte

Marie Curie

Marie Curie a ouvert la voie à toute une génération de femmes, sur les bancs de la Sorbonne et pendant la Guerre notamment. À titre posthume, la scientifique est la première femme à être entrée au Panthéon


∆ Je vous conseille de voir le film sorti en 2019, realisé par Marjane Satrapi ∆
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