1. Dans ton ouvrage tu parles d’un passage important qui est celui du « Conseil des anciennes, les 13 lunes ». pourrais tu nous partager ton ressenti sur cette expérience et à quelle femme tu recommanderais cela ? 

Je recommande à toute femme qui s’intéresse à sa féminité d’aller à la rencontre de cet enseignement amérindien. C’est une sagesse ancienne, et pour celles qui s’intéressent à l’éco-féminisme, ce chemin d’un an dans un cercle de femmes donne beaucoup de clefs. A la fois pour mieux comprendre comment vivre en harmonie avec la nature, et ce que les peuples premiers appellent « les lois sacrée universelles ». Mais aussi parce que c’est un chemin de transformation, qui nous apprend à regarder en face beaucoup de nos limites. Il permet d’appréhender aussi un système spirituel, où nous sommes invitées à retrouver le lien aux différents règnes et à ces 13 Gardiennes de l’invisible. Je l’ai découvert auprès de Carol Anpo Wi en 2015, et cela a changé beaucoup de choses chez moi.

2. Nous avons adoré ton livre Vulnérable, rempli de richesse et de merveilleux partages, d’où l’envie de savoir si tu conseilLEs à tous d’aller dans cette voie? Est-ce que la vulnérabilité est une qualité d’âme qui est bénéfique pour tous ? 

Je crois profondément que ce chemin de vulnérabilité nous concerne tous. Personne n’y échappe, d’ailleurs personne n’est à l’abri de vivre des échecs, des deuils, des remises en questions, des moments où il se sent perdu. C’est notre lot quotidien ! Plus nous mettons un masque sur les émotions inconfortables qui accompagnent le sentiment de vulnérabilité, plus nous en avons peur, plus nous nous enfermons dans notre tour de contrôle. Certains y arrivent mieux que d’autres, mais ces tours un jour ou l’autre s’écroulent. Et c’est tant mieux ! Alors, à terre, terrifiés ou déboussolés, nous pouvons enfin nous regarder en face et nous rapprocher de nous-même.

3. Les hommes s’ouvrent-ils à cela ? Sont-ils réceptifs à ce message ?

La société viriliste dans laquelle nous sommes coupe encore plus les hommes que les femmes à cette vulnérabilité. Un enfant de 4 ans apprend que pour appartenir à son genre, il doit refouler ses émotions. C’est ce que dit Carol Gilligan. Alors c’est d’autant plus difficile pour eux de s’avouer vulnérables. Et en même temps, nous savons de mieux en mieux communiquer, trouver des espaces sécurisés pour se dire, et heureusement les hommes aussi sont réceptifs à ce message ! Car le discours selon lequel nous pouvons faire plus d’efforts, de méditation, de yoga ou de régime pour aller mieux s’essouffle. Nous n’y croyons plus, il est temps d’accepter l’intégralité de l’existence.

4. Comment exprimer sa vulnérabilité au quotidien ? 

Déjà, il est important de se laisser la sentir. Trop souvent, nous mettons un masque. Moi la première, je sais de quoi je parle ! C’est si dur de se sentir touché. Pourtant, si nous avons de l’espace pour sentir ce qui nous arrive, si nous ne masquons pas systématiquement nos émotions, alors on va pouvoir formuler « je me sens tellement vulnérable ». Cela ouvre un espace de dialogue avec soi-même, et avec l’autre. Brene Brown place cette capacité à oser beaucoup, à oser avec vulnérabilité, au coeur des expériences humaines significatives. Alors c’est à nous de décider d’oser, la vie est sans filet.

5. Nous avons été très touchées par cette phrase  » Apprendre à s’en remettre, à devenir terre d’accueil ». pourrais tu nous partager le jour où toi tu as réussi à la manifester dans le réel et comment ?

Cette phrase est celle de Christiane Singer. C’est sa définition du féminin. Elle dit aussi qu’on ne livre passage qu’une ou deux fois dans sa vie, alors ne soyons pas trop ambitieux ! Mais, de manière fugace, j’ai découvert cette sensation de livrer passage grâce au chant spontané que j’ai pratiqué avec Christophe Boyer. Lors de nos pratiques, il s’agit de chanter sans savoir à l’avance ce qui va sortir de notre bouche. Un exercice d’écoute et de spontanéité. Plusieurs fois, j’ai été prise par le chant, quelque chose chantait mais ce n’était pas moi. J’étais juste une bouche ouverte, un souffle, un corps engagé et à l’écoute. Ces expériences sont magiques.

6. On retrouve aussi le terme « Accoucher de soi ». qu’entends tu par là ? 

Peut-être que cette formule vient de ma recherche d’être vraie avec moi-même. J’ai eu longtemps l’impression que je masquais mon identité par beaucoup de couches, auxquelles j’ai cru, que j’ai changées, mais qui laissaient assez peu paraitre celle que je suis en profondeur. J’aimerais arriver à accoucher de moi, mettre au monde cette identité profonde, mais je me dis, en te répondant, que c’est surtout une quête. Je ne sais pas si un jour cela arrive. 

7. Pourrais tu partager 3 exemples qui permettent de « faire de sa vie une offrande », même si cela est bien entendu différent pour tout le monde, quelles sont tes offrandes quotidiennes?

Dans cette formule, je parle plutôt de la tendresse que j’ai vis à vis du mystère. Je crois que je peux lui faire tellement confiance, que ma vie entière serait une offrande, un cadeau à ce mystère. En le disant comme ça, ça me parait très narcissique !! Mais c’est plutôt me rappeler que je peux faire des offrandes de fleurs, de tabac, de prière, il faut que ma vie soit une prière, une invocation de la beauté de ce mystère. Je n’y arrive pas, bien sûr, mais cette idée me plait et guide certains de mes pas.

8. J’aime beaucoup le suivant passage (page 181) : « En comprenant que mes ancêtres vivaient encore en moi que leur souffrance n’avait pas trouvé le repos(…) J’offrais ma vie …. pourrais-tu nous en dire plus ?

En faisant un travail en Sophro analyse, j’ai découvert que j’avais été mon arrière grand-mère. Ça peut paraitre étrange, et je ne sais pas si c’est VRAI, mais j’y ai cru. Cette compréhension m’a bouleversée. Je ne suis pas simplement son héritière, je suis aussi celle qui recommence, un peu plus tard dans l’arbre, de faire mieux. Cela me permet de comprendre différemment pourquoi lorsque nous libérons de croyances ou des traumas dans noter vie, tous nos ancêtres sont libérés. Je trouve cela très fort.

Camille Sfez by © Yasmine Bennis

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