La première fois que j’ai rencontré Flavie Fontaine j’ai eu l’impression d’avoir devant moi un personnage sortie tout droit d’un film de Tim Burton . Nous échangeons quelques mots concernant le milieu artistique et je découvre à travers ses mots une femme sensible avec un univers très riche. Elle est forte et douce en même temps. Je prends beaucoup de plaisir à l’écouter et dans ses yeux c’est la vie qui défile. En tant qu’artiste, je me sens reconnaissante d’avoir des personnes autour de moi qui m’offre la possibilité de pourvoir m’exprimer. Flavie en est l’exemple même avec ce qu’elle entreprend tous les jours pour les artistes. Merci.

Peux-tu me parler de ton parcours théâtral? 

Je fais partie de ces familles où l’artistique n’est pas une priorité, même s’il a une place très importante. Il pouvait être inquiétant par son manque de débouché. Cela dit très tôt ma passion et ma curiosité pour le jeu ont pris le dessus et m’ont permis d’en faire mon métier. Après des études aux Cours Florent, je suis donc devenue comédienne et enseignante. Après plusieurs années j’ai réalisé que je ne m’épanouissais pas sur scène mais que je préférais de loin, mettre en scène, accompagner les acteurs et les sublimer. Il y a 10 ans j’ai donc pris la décision de quitter les planches pour ouvrir mon école de théâtre pour adultes amateurs. Il y a 2 ans, j’ai ouvert le théâtre La Flèche que je dirige avec passion.

Que t’inspire Paris?

Paris m’inspire la liberté et le challenge. C’est une ville sauvage et vive. J’aime ça. La sensation que tout va très vite et qu’il faut aller encore plus vite si tu ne veux pas être dépassé. Avec des niches où tu peux aussi te réfugier pour y puiser des forces. Cette ville me rassure par son énergie et sa diversité.

Théâtre La Flèche, Paris XI, lundi 27 janvier 2020.Portrait de Flavie Fontaine, comédienne, metteur en scène et propriétaire du théâtre La Flèche. LP/Olivier Arandel

Le théâtre à t-il toujours fait partie de ta vie ? comment y-es tu parvenue?

Oui toujours. J’ai toujours aimé jouer, depuis toute petite et encore aujourd’hui, car la vie c’est pas très grave finalement. Ce besoin de légèreté je l’ai trouvé dans le théâtre où j’aime aussi sa rigueur. Faire le con sérieusement. Et j’y suis parvenue assez simplement finalement. Bien sûr beaucoup de travail, mais la principale source de ma réussite est la croyance. J’ai toujours cru en ce que je faisais, toujours cru en moi, mes capacités et mes doutes.

Aussi, j’aime les risques, les challenges. Je m’emmerde vite dans le ronron de la vie. Le monde du théâtre est si imprévisible, il faut toujours se réinventer, se remettre en question et j’adore ça. Enfin, la colère. Oui la colère est mon fond de commerce. Bien gérée, elle emmène loin. J’en suis la preuve vivante.

Quel autre pays fait parti de ton histoire ? Pourquoi?

La Yougoslavie. Elle est 50% de moi. 

PEUX-TU me parler de la compagnie Guild ? 

La Compagnie Guild est une école de théâtre pour des adultes amateurs que j’ai créée il y a 10 ans. A cette époque j’enseignais dans diverses institutions et je me suis rendue compte avec le temps que j’avais un truc pour ça. Un réel truc. La sensation de grandir avec mes élèves et de devenir meilleure moi-même grâce à eux. Cette profonde envie d’accompagner et de sublimer les humains, avant même de parler de comédiens. D’où l’envie de créer une école à mon image et pour des amateurs. Une école avec mes valeurs : la bienveillance, l’exigence, la précision, le fun, la légèreté. Une école où on peut et même doit se planter pour avancer. Accepter de faire de la merde, sans se juger soi-même ou les autres cela va de soi. De là, j’ai choisi la citation de Samuel Beckett pour la représenter : Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. 

Depuis 10 ans, La Guild est devenue une famille, où les élèves se retrouvent pour jouer, festoyer, se quittent, se retrouvent de nouveau et toujours dans l’amour, la joie et la bienveillance.

La Guild est ma plus grande réussite et j’en suis très fière.

La Guild compagnie

Peux-tu nous partager un souvenir marquant sur scène au Cours Florent ? 

Avoir craqué mon pantalon juste avant de rentrer sur scène, tenir tout un monologue, heureusement face public, et faire une sortie ridicule en crabe pour ne pas que ça se voit. C’est totalement anecdotique, mais c’est le 1er souvenir qui me vient au débotté. 

Peux-tu me parler de ton rapport au corps? est-il présent dans ton travail de recherche ?

J’ai un bon rapport avec lui. On s’entend pas mal lui et moi. Je le fais nager et pédaler. Je suis plutôt hyperactive et sportive donc il me le rend bien. Je pense qu’il est content d’être avec moi. Parfois il peut être un peu encombrant, mais c’est souvent parce que j’ai trop mangé 😉

J’ai aussi eu beaucoup de chance, j’ai de bon gênes, il est robuste et très résistant. 

Dans le travail il est la base. Il est tout. C’est de là que je pars avec les élèves. Et dans les projets que je choisis pour La Flèche, il est essentiel. Pas de corps, pas de programmation !

Quand as-tu pris la direction du théâtre La Flèche? 

En septembre 2018. Il aura exactement 2 ans le 20 septembre 2020.

Comment FAIS-tu ta programmation?

D’abord sur dossier de présentation et captation si la compagnie en possède. Après une première pré-sélection, une audition de 15 minutes suivie d’un échange est proposé si le dossier me plait. La ligne artistique de La Flèche est plutôt simple.

  • De la création (ne jamais avoir joué sur Paris en amont). 
  • Un propos fort. 
  • L’incarnation des comédiens.
  • Une mise en scène exigeante et précise.
  • Un projet épuré de décor.
  • Des idées dans la tête plutôt que dans les meubles.
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Joues-tu encore?

Oui tous les jours, mais plus sur scène.

Quel genre de petite fille étais-tu?

Là pour optimiser l’honnêteté j’ai demandé à ma mère, voici sa réponse :

Très sage, facile à élever et à vivre, jamais contrariante, respectant les règles, bonne dormeuse dès bébé, bon appétit et pas difficile, j’aimais tout mais pas trop le sucré. Je n’aimais pas être grondée donc je me pliais à tout. J’ai toujours fonctionné à l’affectif, j’aimais faire plaisir à tout le monde. Très bonne élève, en apparence révoltée à une période, mais bonne travailleuse, appliquée, même si je n’ai jamais aimé le système scolaire en réalité. Bref la gentillesse même. (C’est pas moi qui le dit, c’est ma mère !!)

Est-ce-que tu pratiques un sport?

Oui. De la natation. Je ne me déplace qu’en vélo. Et quand je peux du Kitesurf.

As-tu des endroits que tu affectionnes particulièrement pour la culture? 

J’adore les Bouffes du Nord et sa programmation. Le Théâtre de Belleville. La cour intérieure du Louvre qui me ressource.

Y-a-t ‘il des moments qui ont été des déclics dans ta vie?

Oui beaucoup. De là à tous les citer serait trop long. Mais pour résumer, tous les moments où la vie a été rude avec moi. Tous ces moments d’abord durs à traverser m’ont ensuite permis d’être plus forte, plus combative, plus solide, encore plus acharnée. Vous me donnez du fil à retordre, pas de souci, je serai encore meilleure par la suite. Je suis résiliente. 

Prends-tu un peu de repos cet été?

Sujet fâcheux. Je devrais être à cet instant même au Brésil pour kiter. De ce fait, je reste à Paris, avec peut-être quelques jours en Bretagne chez des amis. Rien est encore décidé. Au jour le jour pour le coup ! J’ai plus trop le goût à planifier ces derniers temps.

Qu’est-ce-que cela apporte de transmettre ? 

Énormément de choses. Le partage est une valeur essentielle pour moi. J’ai toujours aimé donner, donner plus que recevoir. La transmission me fait me sentir utile et vivante. En transmettant je reçois au centuple ce que je donne. J’en ressens un bonheur profond, un bien être, une légèreté. C’est un de mes piliers dans ma construction quotidienne. Cette question est particulièrement difficile, car je pense avoir toujours été comme cela, donc ça reviendrait à répondre à la question, pourquoi es-tu une femme, par exemple ? C’est juste comme ça !

Peux-tu me donner le nom de 3 pièces de théâtre qui t’ont particulièrement marqués?

Hamlet de Thomas Ostermeier / Littoral de Wajdi Mouawad / Tout le monde ne peut pas être orphelins des Chiens de Navarre (et toutes leurs créations)

Un éléphant s’est glissé dans cette photo. Saurez-vous le retrouver ?
© Yohann Gloaguen

Un coup de coeur dans tes précédentes programmations? Lequel? 

Je ne peux pas répondre à cette question. Je les ai toutes choisies méticuleusement. Ça reviendrait à répondre à la question : lequel de tes enfants préfères-tu ?

Est-ce-que tu as des personnes qui sont avec toi quotidiennement au théâtre ? Si oui, qui est-ce?

Laurie Catrix. Mon amie de 20 ans. Qui est un réel couteau suisse. Elle peut et sait tout faire. S’adapte à tout. Nous auditionnons tous les projets ensemble. Et nous sommes à chaque fois d’accord. C’est une réelle chance cette collaboration.

Mon frère, Franck, n’est jamais très loin. Il travaille bénévolement pour La Flèche. Il optimise toute la billetterie et j’en passe. Ses conseils sont très précieux pour moi. 

Mon attachée de presse Francesca Magni est aussi très présente et d’un soutien exceptionnel.

Et bien sûr Sébastien Roman, le régisseur, qui fait du super boulot et apprécié de toutes les compagnies.

Laurie Catrix

Si tu avais la petite fille que tu étais devant toi, que lui dirais-tu? 

« Si je peux me permettre de te donner un conseil, oublie que tu n’as aucune chance, vas-y, FONCE ! »

Baie de Disko
photos Adrien Marsaud

Cet article a été écrit en écoutant une playlist d’ Harry Nilsson