Femme artiste pétillante et maman louve passionnée par le monde de l’enfance depuis toujours, Audrey est tombée dans la marmite spirituelle dès son plus jeune âge. 

En quête perpétuelle de sens, c’est à l’aube de ses 40 ans, après une carrière de chanteuse, auteure, scénariste ; et à la suite de la phobie scolaire de son ainé, qu’elle décide de se lancer dans cette folle aventure qui va combler sa vie : créer l’école du bonheur.

Après 4 années passées à s’émerveiller de ce que les enfants lui apprennent à leur tour au quotidien, c’est avec un immense bonheur qu’elle a accepté de nous parler à cœur ouvert de cette jolie nouvelle vie. 

Rencontre avec une belle âme.

Emprunté du latin infans, -antis, le mot enfant signifie « celui qui ne parle pas ». En 100 ans, la place de l’enfant dans la société a pourtant considérablement évolué. 

Jadis, sans aucun droit, ni statut, très souvent soumis à la violence et exclusivement pensé par rapport à l’adulte, il est aujourd’hui considéré comme un individu à part entière, figurant enfin au cœur de toutes nos préoccupations

C’est notamment grâce aux avancées de la recherche et plus précisement au développement des neurosciences il y a une cinquantaine d’années, que nous en avons appris davantage sur le fonctionnement du cerveau des enfants : immature et fragile, il convient de le protéger et de le stimuler afin de le développer intellectuellement, émotionnellement et spirituellement. Le rôle de l’adulte est bien évidemment prépondérant dans ce développement. Ainsi, une certaine prise de conscience s’est peu à peu opérée. 

Dès lors, nous assistons depuis quelques temps à l’émergence de nouvelles façons d’aborder l’éducation de nos chers petits. Bienveillance, éducation positive, méthodes dites alternatives, écoles nouvelles ou Montessori, art thérapie, yoga et méditation… Nous sommes les témoins d’une véritable révolution en la matière ! 

Ainsi, à l’heure où nous quittons tout juste la frénésie des cadeaux de Noël, nous avons notamment pu assister une nouvelle fois à la multiplication du terme Montessori, estampillé un peu partout, sur les livres, cartes, coffrets, boites de jouets et autres supports à destination de nos petits trésors. En effet, ce courant pédagogique pourtant vieux de plus de 100 ans, a depuis quelques années le vent en poupe. 

Et derrière ce terme à la mode, parfois encore bien méconnu, se cache une grande femme : Maria Montessori

Née en 1870 en Italie au sein d’une famille bourgeoise, elle se démarquera très tôt par un parcours brillant. Première femme médecin d’Italie, mais aussi psychiatre, anthropologue, militante socialiste et féministe, elle déclarera en 1910 renoncer à l’exercice de la médecine pour se consacrer pleinement à sa mission : protéger les enfants. 

Elle sera donc précurseur dans l’observation et la compréhension de l’enfant et élaborera en 1906 une toute nouvelle méthode pédagogique qui portera son nom. 

La pédagogie Montessori repose sur les principes suivants : le libre choix de l’activité, l’autodiscipline, le respect du rythme de chacun et l’apprentissage par l’expérience. 

« Tout enfant est un roi en marche vers l’aurore » affirme Maria Montessori. L’objectif est de donner une éducation aux enfants pour qu’ils deviennent des adultes responsables, indépendants et capable de s’adapter.

Tout au long de sa vie, elle affinera ce projet et fondera notamment l’Association Montessori International en 1929, afin de préserver, propager et promouvoir, la pédagogie et les principes édictés par Maria Montessori pour le plein développement du potentiel humain. 

En 1937, elle proposera la Fondation du Parti Social de l’Enfant, convaincue qu’une véritable réforme éducative doit être engagée. Car selon elle, la grande mission sociale consistant à assurer à l’enfant justice, harmonie et amour revient à l’éducation. 

« Il s’agit de la seule façon de bâtir un monde nouveau et de construire la paix ». Maria Montessori

C’est avec ces valeurs de coeur, et des inspirations venus des pays scandinaves et anglo-saxons qu’Audrey a imaginé le projet pédagogique de ses rêves, afin d’accompagner chaque petite âme sur le chemin du bonheur.

Audrey, Bonjour et merci de rejoindre les amazones parisiennes aujourd’hui.

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Audrey, je suis née il y 41 ans à Paris, je suis mariée et j’ai deux enfants : Simon, 8 ans et Léa, 5 ans et demi.

Dans ma première vie j’ai été chanteuse, auteure, comédienne voix off et scénariste et aujourd’hui je suis directrice et co-fondatrice, avec mon mari, de l’école Montessori Bilingue Paris17 dont la devise est « All you need is love » 

Chez les amazones parisiennes, nous avons à cœur de mettre en lumière les femmes guérisseuses, qui œuvrent pour un monde meilleur. Et quoi de plus beau que de se consacrer à la plus importante tache de ce monde : Élever, avec tous les aspects que cela implique, les adultes de demain.

Peux-tu partager avec nous tes motivations profondes vers cette merveilleuse reconversion ?

Quand j’étais petite je vivais dans un immeuble en U, et les soirs d’été, quand les fenêtres étaient ouvertes j’entendais des jeunes enfants pleurer et pour moi c’était une torture… Je ne pouvais pas dormir, je ne supportais pas l’idée que les parents les laissent hurler, ça me rendait malade. 

Plus tard, j’ai assisté à une terrible scène de violence envers un enfant, je me suis interposée puis j’ai pleuré pendant deux jours. 

Je trouvais, de façon générale, qu’on ne traitait pas les enfants comme ils le méritaient. 

A l’école, je m’insurgeais contre tout : le fait de devoir rester assis, enfermés, l’ennui mortel des journées de classe interminables, l’inutilité abyssale de la plupart des choses qu’on nous obligeait à apprendre…

Alors autant dire que quand notre fils, Simon, a eu 3 ans, l’idée qu’il rentre à l’école ne m’enchantait pas. C’était une source d’angoisse pour moi comme pour mon mari. 

Lui et moi savions que Simon était sensible et particulier et nous craignions qu’il perde de sa singularité dans un système où pour s’adapter il faut rentrer dans le moule. Finalement la première année de maternelle s’est bien passé grâce à une maitresse extraordinaire qui lui a tenu la main toute l’année. C’est en moyenne section que les choses se sont corsées et qu’il a fini par faire une véritable phobie scolaire…. à 4 ans ! Il hurlait, s’accrochait à tout ce qu’il pouvait et se débattait comme un animal déchainé tous les matins. Les crises étaient si violentes et son mal-être si profond que nous n’avons pas eu d’autre choix que de stopper l’hémorragie et de le déscolariser. Cette période a été terrible, voir notre petit garçon de 4 ans malheureux a été une des épreuves les plus douloureuses de nos vies. 

Et plus concrètement, comment passe-t-on d’artiste à directrice d’école ? 

Après avoir découvert la précocité de Simon suite à un bilan psychologique, nous avons cherché une école désespérément et puis un jour mon mari m’a dit « pourquoi on ne la créerait pas cette école de nos rêves ? Tu ne parles que d’éducation depuis toujours, tu as tout lu sur la pédagogie Montessori, faut se lancer ! ». Au début c’était vertigineux, je ne me sentais pas légitime… Et puis le désir d’offrir une vie idéale à mes enfants et mon amour pour eux m’ont portée. On était en décembre, il fallait ouvrir en septembre, tout est allé très vite. J’ai suivi une formation en accéléré, rencontré des personnes pour m’accompagner dans ce processus. Mon mari s’occupait du lieu, de la partie administrative et juridique. Il a fallu lancer un site internet et faire une vidéo pour faire connaitre le projet, démarrer un recrutement pour trouver les enseignants, rencontrer les familles, …

L’adhésion au projet pédagogique a été très forte et immédiate. 

Le fait qu’Isabelle Filliozat et Michel Jonasz aient accepté de parrainer l’école a été un soutien précieux également. 

« All you need is love », cette douce mélodie des Beatles qu’on aime tant fredonner s’est dès le début de ton projet imposé à toi comme une sorte de mantra. 

Peux-tu nous en dire plus sur cet Amour que tu veux au cœur du projet pédagogique ?

Simon avait aimé sa première année d’école parce que sa maîtresse avait compris qu’il avait besoin d’être rassuré et materné. Et pour moi c’était implacable. On a tous pris goût à certaines matières grâce aux liens que nos profs ont su créer avec nous. Et l’inverse est malheureusement tout aussi vrai, combien de dégout pour les maths, l’espagnol ou le piano à cause d’enseignants tyranniques et dévalorisants…. Créer un lien fort avec chacun des élèves était donc LA priorité absolue. Je pense profondément que tout le reste est secondaire. Rien n’est possible sans cette confiance mutuelle. « Je te fais confiance, tu me fais confiance et on avance ensemble ». C’est le contrat de départ. Certains des enfants ne commencent à travailler qu’après les vacances de la Toussaint, ils ont besoin de ce temps pour se sentir compris, aimé, sécurisé. Une fois que ces fondations sont là, alors l’apprentissage se fait de façon fluide, heureuse et on s’aperçoit que non seulement les enfants ne prennent pas de retard mais qu’ils sont carrément nettement en avance sur le programme.

Quand on entre dans l’école on peut lire la phrase de John Lennon « Quand je suis allé à l’école ils m’ont demandé ce que je voulais être quand je serai grand, j’ai répondu heureux, ils m’ont dit que je n’avais pas compris la question, j’ai répondu qu’ils n’avaient pas compris la vie ».

Tout le projet est dans cette phrase. Ce que nous voulons en premier lieu c’est que les enfants soient bien dans leur peau et épanouis. Les aider à se connaître eux-mêmes et à vivre avec les autres. Dans les classes, on travaille quotidiennement sur les émotions et sur l’empathie grâce à des exercices simples et accessibles dès 3 ans. 

L’autre grand principe c’est l’autonomie. Maria Montessori avait observé que pour qu’un enfant ait confiance en lui, il fallait lui apprendre à faire seul. Là encore quoi de plus implacable ? Poser un regard de confiance sur un être, fait toute la différence. Et le mélange des âges aide dans ce processus. Les plus jeunes s’inspirent des plus âgés en les regardant faire et les plus grands gagnent en confiance en montrant le chemin à leurs cadets…Tout cela se fait naturellement avec une autre valeur fondamentale : le respect. Respect du besoin de concentration de l’autre, respect de la parole de l’adulte et des autres enfants, respect de la temporalité et de l‘unicité de chacun, respect pour la planète aussi, en sensibilisant la jeune génération au tri, au recyclage, au bio, aux gestes du quotidien etc…

Du fait de ton parcours, et sur le modèle des anglo-saxons, tu souhaitais une école dans laquelle l’aspect artistique est très présent. Peux-tu nous en dire davantage ?

Le principe était de créer l’école de nos rêves, celle où on aurait adoré aller quand on était enfant. Tout de suite, la musique, le théâtre, la danse se sont imposés comme des évidences. Les pays anglo-saxons ont compris depuis longtemps que pour créer des générations d’entrepreneurs, d’individus aptes à prendre la parole en public et connectés à leur puissance, il fallait développer autre chose que l’intellect pur et travailler sur la créativité.

Les élèves commencent donc chacune de leurs journées en chantant et la musique est omniprésente dans les classes. D’ailleurs un piano, des guitares, ukulélés et percussions sont à disposition dans une des classes. Des cycles de danse sont régulièrement initiés et depuis l’année dernière, les enfants pratiquent la Capoeira une fois par semaine, un art martial afro-brésilien mêlant coordination, rythme, chant et culture.

En élémentaire les élèves travaillent dès le CP sur des scénettes de théâtre en anglais et deux fois par an, un grand show est organisé au théâtre du Petit Saint Martin. Dans ce spectacle on retrouve le travail artistique des élèves en classe ainsi que le fruit du travail des activités extra-scolaires que nous proposons, ouvertes aussi aux élèves de l’extérieur : comédie musicale, danse, chant, théâtre, hip-hop… Et cette année nous avons créé une Broadway School le mercredi !

Tu m’as confié être tombée dans la marmite spirituelle dès ton plus jeune âge. Peux-tu nous en dire davantage sur cet aspect de ta vie ?

Quand je suis née, ma mère a fait une dépression. J’étais son deuxième enfant et l’idée que sa vie soit à nouveau rythmée par les couches, les siestes et les promenades la plongeait dans un profond désarroi. Elle a alors démarré une thérapie et c’est à ce moment-là qu’elle a découvert qu’elle voulait devenir elle-même psychothérapeute. Comme elle se cherchait beaucoup, elle enchainait les séminaires, retraites et conférences en tout genre et à chaque fois, elle nous trimballait avec elle. Alors j’ai grandi bercée par des choses aussi différentes que l’analyse transactionnelle, le travail sur les énergies, les corps éthériques, le transgénérationnel, Yung, Freud, Lacan, le Dalaï lama, Neale Donald Walsh (« Conversation avec Dieu ») et j’en passe… Et puis ma mère analysait tout, par exemple à chaque fois que j’avais mal quelque part il fallait que j’écoute ce que mon corps me disait. Elle me disait « interroge la maladie, remercie-la d’être venu te parler et dis-lui qu’elle peut repartir ». Tout ça m’agaçait un peu parfois mais cette ouverture à ce qu’on appelle aujourd’hui le développement personnel m’a constituée et fait partie intégrante de moi aujourd’hui. Et presque malgré moi, je m’entends dire à mes enfants les mêmes phrases quand ils sont malades par exemple ou quand ils doutent. Je les ramène toujours à leur puissance : ok, telle situation t’a rendue triste ou en colère, qu’est-ce que tu peux mettre à la place ? Comment tu peux te positionner pour que ça change ? Comment tu pourrais te protéger la prochaine fois ou donner le meilleur de toi ? 

D’une certaine façon j’ai révélé ma mère à elle-même « grâce » à cette dépression post partum et mon fils m’a révélé à moi « grâce » à sa phobie scolaire… 

Il m’a révélé à moi en ce sens que je ne me suis jamais sentie aussi alignée que depuis que je dirige cette école. Avant, j’avais toujours un sentiment de vide en moi, comme si quelque chose me manquait. Aujourd’hui je me sens pleine. Comme si tout était devenu cohérent et juste. 

Einstein disait « l’échec c’est le succès en progrès », cette phrase est un de mes leitmotiv avec aussi celle de Mandela « je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends ».  J’essaye d’enseigner ces principes essentiels pour moi à mes enfants et aux élèves de l’école.

dès lors, quelle place accordeS-tu à la spiritualité au sein de l’école ?

Tous les matins, les enfants se mettent en cercle pour chanter et puis pour exprimer ce qu’ils ressentent. Cet espace de parole est fondamental. Dès 3 ans ils apprennent à parler de leur colère, de leurs frustrations, de leur tristesse mais aussi de leur excitation, de leur enthousiasme et de leur joie. Ils ont ensuite un temps de méditation pour bien démarrer la journée en apprenant à respirer et à diriger leur attention. Des cessions de yoga sont également organisées et en élémentaire, la classe étudie « les accords toltèques ». Ainsi les phrases accompagnent les élèves en fil rouge toute l’année pour qu’ils en comprennent le sens en profondeur : « que ta parole soit impeccable », « quoiqu’il arrive n’en fais pas une affaire personnelle », « ne fais pas de supposition », « fais toujours de ton mieux ».

peux-tu nous dévoiler quels sont les projets futurs ? 

Nous aspirons à faire grandir l’école en créant de nouvelles classes et notamment un espace de collège pour les 11-15 ans. Nous pourrions ainsi accompagner nos élèves qui grandissent et permettre à ceux qui ne s’épanouissent pas dans le système traditionnel, et ils sont malheureusement très nombreux, de nous rejoindre. 

L’autre projet qui nous tient profondément à cœur est de trouver un moyen de subventionner la scolarité de certains enfants. Les écoles hors-contrat sont très chères car elles doivent tout financer elles-mêmes sans aucune aide. Nous prenons déjà certaines scolarités en partie en charge à titre personnel mais nous aimerions pouvoir le faire davantage en passant par une fondation, du mécénat ou autre. Je veux pouvoir offrir cette pédagogie et ce projet fondé sur le bien être à tous ceux qui y aspirent et je suis sûr que c’est possible. Je ne sais pas encore comment mais je sais que ça va se poser comme une évidence… Bientôt.

Et pour finir, la question devenue incontournable ici.

Pour toi, qu’est-ce qu’une amazone parisienne aujourd’hui ?

Je dirais une femme alignée, connectée à sa puissance, à la nature et à l’infini dans la quiétude comme dans la frénésie. 

Audrey, mille mercis pour ces mots,

et pour tout l’amour que tu donnes à toutes ces petites âmes au quotidien <3

Retrouvez toutes les informations sur le projet pédagogique d’Audrey ici