« La beauté sauvera le monde ». Cette réflexion portée par Dostoïevski m’inspire à l’heure où les images apocalyptiques de l’enfer vécu par les Australiens depuis quelques mois circulent dans les médias et viennent rappeler à l’homme ses abus en matière écologique et où les langues se délient pour dénoncer courageusement l’agression sexuelle et le harcèlement des femmes.

Le monde est en crise, peut-être a-t-il perdu le sens du Beau. Intimement convaincue que la beauté humanise et élève tout individu, je me plonge dans le magnifique ouvrage du poète et écrivain François CHENG, Cinq méditations sur la beauté, dans lequel ce dernier nous dévoile l’essence de la beauté en s’appuyant sur la nature, la femme et l’art.

Méditation sur la beauté

L’observation de la nature tient une place importante dans ma vie car elle suscite en moi des émotions fortes.

Je m’émerveille ainsi toujours devant les couleurs et l’harmonie d’un paysage. J’aime m’arrêter pour saisir l’instant et me laisser gagner par l’émotion d’un spectacle dont l’impermanence me rappelle la nécessité de vivre les yeux ouverts sur le monde. « Comme c’est beau ! », ce paysage que je prends plaisir à admirer contient la promesse de la beauté.

Ainsi que le souligne François CHENG, la beauté vivante n’est jamais statique ni entièrement livrée une fois pour toutes. Elle obéit à la loi du Yin-Xian, le « caché-manifesté ». La beauté n’est jamais totalement conquise et acquise et s’inscrit dans un mouvement impermanent. Elle est toujours renouvelée. Elle advient. Elle se révèle.

La beauté est également vécue comme une expérience qui va susciter le désir de renouveler cette expérience.

« Plus l’expérience de beauté est intense, plus le caractère poignant de sa brièveté engendre le désir de renouveler l’expérience, sous une forme forcément autre, puisque toute expérience est unique ».

Sous la plume de François CHENG, le lien entre nature, femme et beauté est très fort, la femme est ainsi magnifiée. La poésie chinoise regorge de métaphores et d’illustrations pour sublimer le corps de la femme : lune, étoile, brise, nuage, source, perle, colline, vallée… autant d’expressions qui décrivent l’harmonie de la beauté féminine et qui suscitent le désir de beauté.

Au-delà de la beauté physique qui se laisse admirer, la beauté qui irradie et se donne est à voir est celle qui relève de l’Etre, celle qui jaillit de l’intérieur dans une dynamique d’ouverture à la vie.

Le lien à l’âme apparaît alors pour Michel-Ange : « je dois aimer en toi cette part que toi-même tu aimes, c’est ton âme. Pour m’éprendre de ton âme, il me faut puiser non en mon corps seul, mais bien en mon âme ».

François CHENG montre que l’âme dispose d’une capacité à se relier à tout, ce qui lui confère une dimension infinie. « La communion totale s’accomplit d’âme à âme ». 

Qu’en est-il de la noblesse d’âme ?

Cette beauté éthique permet à l’homme de conserver sa droiture, sa dignité, sa générosité, de rester aligné en toute situation. En puisant dans cette lumière intérieure, l’homme est capable de surmonter les pires drames et de conserver espoir face aux difficultés qu’il rencontre.

Comme chacun le sait, le chemin n’est linéaire pour personne et pourtant, « tous peuvent prendre part à cette grandeur née de la dignité intérieure de l’Etre qui fait face au terrible, au nom de la vie ». Il suffit en effet parfois d’un moment de connexion à la beauté pour retrouver espoir.

Le poète John KEATS écrit ainsi : « A thing of beauty is a joy for ever » (Toute beauté est une joie éternelle), l’expérience de la beauté s’inscrit en chacun de nous et nourrit également notre âme. Elle nous permet de porter un regard neuf sur les choses qui nous entourent et d’en conserver un souvenir qui nous procurera le désir de nous reconnecter à cette expérience.

Beauté et bonté

François CHENG explique la relation entre beauté et bonté. Ainsi, une beauté qui ne serait pas fondée sur le bien serait la laideur même, une âme noire ne peut être belle. Pour Henri BERGSON, la beauté, la bonté et la grâce ne font qu’un : « C’est la grâce qui se lit à travers la beauté et c’est la bonté qui transparaît sous la grâce. Car la bonté, c’est la générosité infinie d’un principe (de vie) qui se donne. Ces deux sens du mot grâce n’en font qu’un ».

Il est également magnifique de constater qu’en Chine, le bon et la beauté sont désignés par le même idéogramme HAO, qui est graphiquement composé du signe de la femme et de l’enfant.

La relation entre la femme et l’enfant incarne ce qu’il y a de meilleur et de plus beau à vivre.

De la beauté jaillit le désir, mais une beauté qui s’inscrit dans le temps est une beauté qui se renouvelle, elle est lumière dès lors qu’elle s’appuie sur la bonté. Ce qui la rend véritablement désirable. 

 Livre : Cinq Méditations sur la beauté, François Cheng de l’Académie française, éditions ALBIN MICHEL. 

Rédigé par Claire