FEMME SOLAIRE AUX 1001 FACETTES, PASSIONNÉE ET PASSIONNANTE, MAJDA EST UN VÉRITABLE MODÈLE DE RÉSILIENCE. TOUCHÉE PAR LE DEUIL PÉRINATAL À LA NAISSANCE DE SON PREMIER FILS WAËL, ELLE A DEPUIS CHEMINÉ VERS UNE VIE PLEINE DE SENS ET DE JOLIS SIGNES.
A LA FOIS TELLEMENT ANCRÉE DANS CETTE VIE ET EN MÊME TEMPS SI CONNECTÉE AU MONDE INVISIBLE, ELLE REPRÉSENTE À LA PERFECTION CETTE DUALITÉ QUE NOUS IMPOSE LE DEUIL PÉRINATAL : ÊTRE MÈRE ENTRE CIEL ET TERRE.
EN CE 15 OCTOBRE, JOURNÉE MONDIALE DE SENSIBILISATION AU DEUIL PÉRINATAL, J’AI DONC CHOISI DE METTRE EN LUMIÈRE CE SUJET SI PARTICULIER À MON COEUR, EN DONNANT LA PAROLE À CETTE MAMAN EXTRA-ORDINAIRE. 

Il y a des événements si graves, des vérités si insoutenables, qu’on préfère choisir de ne pas les aborder. Le deuil périnatal en fait parti. Il se définit par la perte d’un petit bébé au cours de la grossesse ou dans les premiers jours de vie. Cela parait presque indicible. Et pourtant. C’est la triste réalité pour près de 7000 familles chaque année en France. Dans cette société où l’Homme parait tout contrôler notamment grâce au progrès de la médecine, cela nous rappelle l’importance de l’humilité, car au terme de 9 mois de grossesse, mettre au monde un enfant vivant reste encore un miracle de la vie.

Et alors, ce deuil si singulier soulève des problématiques bien particulières. Car lorsque la naissance et la mort se chevauche, c’est le fameux « cycle de la vie » qui se voit chamboulé. Et toutes nos croyances pourtant bien ancrées se retrouvent soudain balayées. Nous n’avons plus aucun repère. Nous perdons le contrôle, et nous sombrons. 

A cela s’ajoute la responsabilité, totalement infondée et pourtant si engagée, de la mère et de son corps. Sans cesse martelée à coup de restrictions alimentaires, de conseils et d’interdictions en tout genre, sa première réaction à l’annonce du drame, sera de trouver un coupable, et ce sera d’abord elle qui se situera en première ligne. Puis, une fois rassurée par l’équipe médicale, et tous les insignifiants « faux pas » passés en revue, elle n’aura d’autre choix que de remettre cette responsabilité sur ce corps qui l’a trahi.

Après tout, lui et le bébé n’étaient-ils pas étroitement liés durant toute la durée de la grossesse?

Et puis, malgré des progrès notables en la matière depuis quelques années, le deuil périnatal reste un véritable tabou. Peut être est-ce lié à cette peur irrationnelle qui pousse à croire que si on en parle cela nous arrivera peut être? Comme si telle une grippe la mort périnatale s’attrapait? Force est de constater que pour les parents endeuillés, ce tabou constitue une réelle double peine, les enfermant dans un silence insoutenable au moment où ils auraient le plus besoin de prononcer le prénom de leur enfant mort avant d’exister. 

Des lors, comment se relever? Comment se (re)construire après avoir vécu l’inimaginable?  Comment trouver un sens à cet événement que nous n’aurions de prime abord pas choisi, mais que nous avons appris avec beaucoup de patience et de bienveillance, à accueillir, à pardonner et même à aimer? 

Ce sont les points que nous tenterons d’aborder avec Majda, qui nous fait l’immense plaisir de partager son témoignage aujourd’hui. 

« Majda Bonjour, et merci de rejoindre les Amazones Parisiennes aujourd’hui. Peux tu te présenter en quelques lignes :

Bonjour, je m’appelle Majda, j’ai 39 ans. Passionnée par la cuisine depuis ma plus tendre enfance, j’ai choisi d’en faire mon métier. Après mon mariage en 2010, est venu mon envie de construire ma famille, et je ne pensais pas que ce ne serait pas simple. Je suis la maman de 4 merveilleux enfants, dont l’ainé s’est malheureusement envolé durant la grossesse. Ce douloureux événement a profondément changé le sens que je donne à ma vie. Aujourd’hui j’ai choisi de faire une reconversion dans l’accompagnement en psychologie transpersonnelle.

« Tu as ainsi commencé ta vie de maman de la façon la plus difficile qui soit, en devant affronter la mort de ton petit Waël, qui s’est envolé seulement quelques heures après sa naissance. Comment peut-on accueillir cela quand on est une jeune primipare?

Pour tout te dire, j’ai mis pas moins de 3 ans à tomber enceinte de mon fils Waël, c’était pour moi presque inespéré que cette grossesse s’installe enfin naturellement. C’est une grossesse que j’investissais depuis si longtemps que je ne pouvais pas imaginer un instant qu’elle n’aboutirait pas. Des complications de placenta sont venus se greffer à cette grossesse qui a malheureusement finit par une césarienne d’urgence à 5 mois. 

Une grossesse primipare d’après moi est un chamboulement total, pour la femme, la mère que l’on devient ainsi que pour l’homme et le père mais aussi pour le couple qui devient parent. Lorsque ma parentalité s’inscrit pour la première fois par le deuil périnatal, c’est une déflagration énorme, d’abord dans mes chairs, dans ma tête, dans mon couple et dans le sens que je donne à la vie. 

« On dit du deuil périnatal qu’il est le deuil d’une vie. Comment as-tu réussi à avancer dans ce long processus et quels ont été tes soutiens vers une reconstruction?

J’ai d’abords eu besoin dans un premier temps de me couper du monde, comme si à un endroit en moi la vie s’était arrêtée avec celle de mon fils. Et puis dans un deuxième temps, comprendre, lire des livres et rencontrer d’autres mamans qui ont traversé cette épreuve. J’ai participé à des groupes de paroles ainsi qu’aux retraites Renaitre mises en place par Blandine, psychologue et maman endeuillée. C’est un lieu de bienveillance, d’appartenance, de sororité puissante qui a été pour moi une réelle source de guérison. 

On peut dire aussi, que d’en parler avec mon mari à chaque fois que l’on en ressentait le besoin et d’être accueillit à cet endroit, a permis je pense de consolider notre couple. La place que ma famille a donné à notre fils, nous a autorisé à nous rendre compte qu’il a existé et que nous existions en tant que parent.

«  La place de ce bébé reste effectivement un sujet sensible. Comment créer le lien avec un enfant invisible? Peut on dire que ta vie spirituelle en est ressortie grandie? 

La spiritualité a toujours eu une place importante dans ma vie, mais le fait de devenir mamange (comme on aime à le dire) a renforcé d’autant plus mon contact avec l’invisible. Je pourrais citer beaucoup de signes marquants de la sensation de la présence à un instant bien précis de mon fils tout près de moi. J’ai aussi pu le contacter grâce à la respiration holotropique qui est un outil exceptionnel pour une connexion entre 2 mondes, car je suis mère entre ciel et terre. 

«  Au fils du temps, quelles leçons de vie as-tu pu tirer de cette douloureuse expérience? 

Mon fils par sa mort, a fait émerger en moi le précieux de la vie. Je suis ensuite devenue la maman comblée de 3 autres enfants, qui par la force des choses me rappelle que la vie est merveilleuse même dans ce qu’elle a de douloureux. Et puis, je me suis réconciliée avec le rapport à mon corps car il a aussi donné la vie.

« A la suite de cette histoire, de ton histoire, un nouveau projet professionnel s’est imposé à toi. Souhaites-tu nous en dire davantage? 

En effet, je considère que la vie m’a offert le cadeau de mesurer ô combien il est important d’accompagner les maternités, celles qui se passent bien, mais aussi celles qui sont compliquées.

Cela marque par la force des choses la parentalité consciente que l’on mène avec nos enfants, notre place de femme et aussi notre place de compagne. J’ai donc choisi de faire une reconversion dans ce sens, je me forme et ne cesserai de me former en ce sens. Devenir accompagnante de la périnatalité et de la parentalité est pour moi l’évidence même du chemin de vie qui s’est dessiné devant moi.

« Aujourd’hui, quelle actualité aimerais-tu mettre en lumière et comment pouvons-nous t’apporter notre soutien dans tes différents projets?

Ce qui m’anime c’est d’offrir des espaces de soutien et de paroles aux parents, qui souhaitent échanger, être entendus ou simplement qui ont besoin de retrouver l’esprit du village qui s’entraide autour d’un enfant. Mes groupes sont en visio, j’accompagne aussi en individuel à mon cabinet dans le Val d’Oise. Il y a aussi le groupe de soutien au deuil périnatale à l’Hopital de Pontoise, ouvert aux femmes chaque mardi de 12h à 13h. En parler autour de vous serait mon meilleur soutien.  

«  Parmis nos lectrices, certaines sont peut être touchées par ce deuil. Que souhaiterais tu leur dire? 

Ne restez pas seule dans votre peine, venez rencontrer vos sœurs de cœur qui ont connus elles aussi cette épreuve.

«  En ce 15 octobre, journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal, les parents endeuillés des quatre coins du monde rendront hommage à leur tout-petit, par une simple pensée, en allumant une bougie, en allant au cimetière, en faisait une marche ou un lâcher de ballons à sa mémoire. Pour l’entourage parfois démuni face à leur douleur, ce n’est pas toujours facile de trouver les bons mots. Que peux tu leur conseiller? 

La plus grande erreur réside dans cette peur de raviver la douleur en prononçant son nom. Mais il n’en est rien, bien au contraire. La douleur n’a pas besoin d’un jour commémoratif pour exister, elle est là, au quotidien. Par contre, une pensée, un geste, un petit présent, ou tout simplement le fait de prononcer son prénom représentent de véritables cadeaux pour ces parents trop souvent oubliés. Alors un seul conseil, osez.

« Malgré les épreuves, tu sembles sereine, confiante, parfaitement réconciliée avec la vie. Penses tu avoir atteint cette sorte de graal qu’on vise toutes : la résilience? 

Je crois que j’ admets seulement le fait que la mort et la vie sont intimement liées et pour toujours. La mort est taboue en Occident, mais dans d’autres cultures le rapport avec cette étape incontournable de la vie est très différent. 

« Quel est ton mantra?

Faire confiance au processus de la vie.

« Et je vais finir avec une question incontournable ici. Pour toi qu’est ce qu’une Amazone Parisienne aujourd’hui?

Pour moi une Amazone Parisienne, c’est une femme qui malgré la modernité du monde qui nous entoure, laisse émerger sa part de sauvage, d’archaïque, de vivant au sens large du terme.

Majda, mille mercis pour ces mots si justes et si puissants qui j’en suis sure raisonneront en chacune de nos lectrices. 

De douces pensées au petit Waël, mais aussi à Adèle, Liam, Marius, Sixtine, Soley, et tous les petits anges partis trop tôt.

À mon Charlie, pour l’éternité.

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