Il est des êtres comme cela qui vous bouleversent par leur simple présence. Un sourire, un mot, un regard, une voix et vous voilà embarquée dans un doux moment d’existence… Créer, transmettre, s’amuser, essayer, partager, danser, vivre et chanter voilà ce que cette femme s’est promise en faisant l’expérience de la vie sur terre. Je vous souhaite à tous de découvrir un jour la générosité de son travail et qui sait peux être même un jour de rencontrer Ayana.

Peux-tu me parler de ton parcours ?

J’aurais adoré te dire que j’ai fait une école de Sorcellerie mais ça s’est passé autrement, bien que je sois quand même allée dans une école différente des autres. J’ai grandi à Tours, je suis entrée au Conservatoire à six ans en horaires aménagés et j’y ai fait toute ma scolarité. Je n’avais école que le matin. L’après-midi, c’était piano, solfège, chant, musique de chambre, déchiffrage. J’y ai vécu des moments incroyables et la musique a été un socle important de mon éducation.

Après avoir passé mon prix de piano à dix-huit ans, j’ai arrêté la musique pendant presque huit ans. J’ai fait des études de Langues littératures et civilisations étrangères en espagnol puis des études de Français Langue Etrangère pour enseigner le français aux non-francophones. Après avoir voyagé et travaillé à l’étranger, j’ai obtenu un poste d’enseignante de français et de phonétique à Paris, et c’est à ce moment-là que je suis entrée au Cours Florent pour commencer ma formation théâtrale en parallèle.

Crédit : C.Nieszawer

Que t’inspire paris ?

Paris est une ville qui t’adopte. On ne se sent pas chez soi tout de suite ici… Il faut y avoir vécu un certain
nombre d’expériences pour comprendre que c’est une ville particulière. Pour le pire et pour le meilleur. Je m’y sens libre et pourtant, il m’arrive d’étouffer dans cette ville. On ne peut pas y vivre de façon « neutre ». Si tu poses cette même question aux deux millions de Parisiens que nous sommes (intra-muros), tu auras deux millions de réponses différentes.

Pour moi, c’est ici qu’a vraiment commencé ma vie artistique. Il y a de la pollution mais il y a aussi un peu de magie libre dans cet air que nous respirons à Paris. C’est une ville que j’aime profondément.

Crédit : C.Nieszawer

Le théâtre a t-il toujours fait partie de ta vie?comment y es-tu arrivée?

Pas du tout. Je n’ai jamais voulu faire de théâtre. Quand j’étais à l’école primaire, mon père finissait parfois tard et il ne pouvait venir me chercher. C’était donc un ami de mes parents, acteur, qui me récupérait et j’attendais dans le théâtre de sa compagnie, que mon père vienne me chercher. Je n’avais qu’une chose à faire, c’était de regarder les comédien(ne)s répéter. Je trouvais ça bizarre… « Pourquoi ils font ça »?  « Pourquoi ils vont sur une scène pour faire semblant d’être quelqu’un d’autre »? J’ai des souvenirs précis de mon regard curieux. Je pense qu’au fond, ça me fascinait. J’ai grandi en faisant de la musique que je comprenais très bien, mais le théâtre, c’était un mystère pour moi.


Un jour de 2010, je vivais à Osaka (Japon), et ça m’a pris comme ça ! En quelques secondes je me suis dit : « je dois absolument reprendre ma vie artistique. Je ne veux plus que le piano soit mon seul moyen d’expression. J’ai besoin de m’exprimer, de dire des choses avec les mots. » Il était impératif que je m’exprime. L’expression a toujours été plus difficile avec les mots qu’avec la musique pour moi. Alors j’ai commencé à chercher des écoles de théâtre à Paris. Une formation qui me permettrait de travailler parallèlement à plein temps et d’aller à l’école le soir. Le Cours Florent était le plus adapté pour moi. J’ai donc tenu ma promesse et fin 2010, à mon retour en France, je suis entrée au Cours Florent.

Je me souviendrai toujours de mon cœur qui battait en arrivant rue Archereau pour la première fois. Comme si je savais au fond de moi, que ces petits pas que je faisais dans la rue, dans cette direction, allaient être un tournant dans ma vie.

Quel autre pays fait partie de ton histoire ?

J’ai trois amours… Le Japon, l’Espagne (l’Andalousie) et la France. Ils font partie de mon histoire parce que ce sont les trois pays que je porte dans le sang bien sûr, mais surtout parce que j’y ai vécu des trucs de dingue ! J’ai aussi de la famille dans ces pays. Que ce soit à Tokyo, à Séville ou à Tours, je rentre au bled.

Crédit: J.L Paris

Tu peux me parler un peu de Ayanaofficiel.com ?

Oui ! Il s’agit de mon site qui est né en confinement ! Il présente mon travail personnel en tant que compositrice-auteure-interprète. On peut y écouter ma musique et comprendre ce qui m’anime en tant que musicienne. C’est pour moi le début d’une grande aventure et je suis heureuse de pouvoir enfin donner vie à mon univers musical.En attendant de pouvoir jouer en live, je suis en préparation de mon premier album.

quelles sont tes sources d’inspirations?

Mes sources d’inspiration viennent souvent des petites choses du quotidien. Un article que j’ai lu. Un
documentaire que j’ai regardé. Une phrase que j’entends dans la rue. Un rêve que j’ai fait la nuit dernière. Un son ou une image qui m’a marquée. Une émotion agréable ou désagréable qui me traverse. Quand je cherche, c’est plus difficile de trouver. Alors je laisse venir.

J’adore faire le vide pour laisser la place à toutes les petites choses qui pourraient passer par là.

Crédit : Ilyes.Griyeb

peux-tu me parler de ton rapport à la musique? Joues-tu d’autres instruments que le piano ?

Cela peut paraître extrêmement « naïf » de dire ça mais le piano est vraiment mon meilleur ami. En présence d’un piano, je me sens rassurée. Comme si quelqu’un de très proche, de familier, était là à côté. Il ne donne aucun avis mais j’ai l’impression qu’il me comprend mieux que quiconque. J’aime le son de cet instrument évidemment, mais j’aime aussi le regarder en silence. Je ne joue pas d’autres instruments… Ah si ! Tu vas rigoler… Je sais un peu jouer des castagnettes.


Autrement, je fais de la MAO (Musique assistée par ordinateur) qui est pour moi une autre façon d’aborder la musique. Et je crois que c’est une forme qui me convient parfaitement dans cette période de ma vie car ça me donne une immense liberté de style et je peux utiliser tout ce que je veux pour créer ce que j’ai en tête.

peux-tu me raconter un moment marquant lorsque tu étais élève au Cours Florent ?

Il y en a eu beaucoup ! Mais je dirais que c’est peut-être en 2 ème année, le jour où j’ai ressenti pour la première fois une bribe de ce que c’était que de jouer. Je ne saurais pas l’expliquer avec des mots, on appelle ça le flow, la zone, le truc, ce moment où tu es complètement en phase avec ce que tu joues. Tout est au bon endroit, au bon moment, et tu es maître du temps.

Ça a été très dur de retrouver cet état là, mais le jour où je l’ai touché du doigt
je me suis dit : « c’est ça ! ».

Un autre moment marquant, ça a été les saluts lors de la première représentation devant un public. Quelle joie ! Je me souviens aussi des derniers saluts après avoir joué pendant un certain temps avec la Compagnie la Rue Noire (créée par mes amis proches de Florent). Cette sensation de fin, de séparation, de nostalgie avant l’heure. Ça fait aussi partie des moments marquants.

PEUX-TU parler des compagnies avec lesquelles tu crées?

Je travaille aujourd’hui avec trois compagnies :
La Compagnie Estrarre avec laquelle j’ai joué dans Macbeth de Shakespeare, une pièce adaptée / mise en scène par Julien Kosellek l’année dernière et qui se rejouera en 2021. Julien Kosellek a été un de mes profs de théâtre au Cours Florent mais surtout une grande rencontre humaine et artistique pour moi.


La Compagnie Interpréludes avec laquelle j’ai joué dans Théâtre et les Bacchantes d’Euripide mise en scène par Marcus Borja. Je jouerai également dans sa nouvelle création : Note di Notte (pour la Villa Médicis à Rome). Marcus a été également une immense rencontre, surtout dans ma compréhension de la polyphonie, du chœur, de l’importance dramaturgique de la musique au théâtre.


La Compagnie Les Chasseurs s’entêtent, avec laquelle j’ai joué dans La Veuve Choufleuri (adaptation de
Monsieur Choufleuri) d’Offenbach et Une demoiselle en loterie d’Offenbach, mis en scène par Alexandre
Bussereau et Romane Coumes. Nous étions ensemble au Cours Florent et ils font partie de ceux avec qui j’ai commencé à travailler en dehors de l’école. C’est pour moi comme une famille.

Ce sont trois compagnies très différentes et je trouve un équilibre harmonieux à travailler avec trois univers distincts, toujours avec des personnes que j’aime.

Crédit: Romain.Kosellek

Pourquoi ce besoin de jouer, d’interpréter ?

Parce que c’est génial de pouvoir exprimer ce que l’on veut. De pouvoir dire des choses importantes sans devoir impérativement être utile. D’essayer de trouver un endroit d’honnêteté avec soi-même et avec le monde. Pouvoir échanger avec les autres sans les connaître. Jouer, interpréter, que ce soit en musique, au théâtre ou au cinéma, c’est un rendez-vous de dichotomies qui me plait. C’est à la fois intime et public, plein de liberté et de contraintes, bordélique et organisé. Un de mes profs de Florent disait : « Il faut que ce soit à l’endroit du cul, de l’ultra cul ». Oui, c’est à la fois chaste et ultra cul. C’est tout simplement profondément humain… donc je dirais un besoin d’humanité ?

Crédit : C.Nieszawer

Peux-tu me raconter un des plus beaux jours de ta vie ?

  • Le premier soir où je suis montée sur scène, à dix ans, quand j’ai chanté dans l’opéra Werther de Massenet
    devant 900 personnes (j’ai glissé sur scène tellement j’ai été impressionnée par le public). La veille, l’orchestre
    avait joué « joyeux anniversaire » pour mes dix ans après la générale. J’étais complètement émerveillée.
  • La première fois que je suis allée aux Etats-Unis et que mon amoureux est venu me chercher à l’aéroport de
    Chicago avec un grand bouquet de fleurs. J’avais l’impression d’être dans un film.
  • Le soir où j’ai écouté dans le noir, au casque, le premier morceau que je venais de composer. Je pouvais
    entendre pour la première fois, un morceau que j’avais dans la tête. Je me suis dit que je pouvais faire exister,
    donner vie à des musiques et j’ai trouvé ça magique.

Il y a tant de beaux jours dans une vie…

Crédit: Thierry.Cardon

Tu es plutôt pilate ou yoga?

Je suis Yoga ! Le Yoga Kundalini en particulier. J’y ai découvert le chant de mantras qui m’ont énormément
inspirée pour composer. C’est vraiment très puissant. Le yoga Kundalini existe depuis longtemps mais il s’est de nouveau développé dans les années 70 avec le maître Yogi Bhajan, pour amener le monde à vivre en paix. En sanskrit, « kundalini » signifie « énergie vitale ». On travaille beaucoup le souffle, le pranayama (le contrôle de l’énergie vitale à travers la respiration) et on chante des mantras portant des messages positifs. Les émotions sont parfois très fortes en yoga Kundalini mais il s’agit vraiment d’une pratique qui mène à une paix intérieure, à une reconnexion à l’âme.

C’est une forme de yoga qui aide à se retrouver quand on est dispersé ou perdu, il aide aussi à y voir clair lorsqu’on doit prendre des décisions importantes.

Quel rapport entretiens-tu avec ton corps?

Simple. Je mange ce que je veux, je fais du sport quand j’en ai envie, j’évite toutes sortes d’exigences extrêmes envers mon corps. Pour le dire simplement, je respecte mon corps et j’écoute ce dont il a besoin ou ce dont il n’a pas besoin. Depuis ce lâcher-prise, je fais naturellement du sport sans me forcer, je ne mange plus de viande mais je ne m’interdis rien, je ne fume plus. J’ai un rapport sain à ce qui nous maintient en vie et ça m’apporte beaucoup de sérénité et de bien-être. Je ne veux être esclave d’aucune dépendance.

Y-a-t’il des moments qui ont été des déclics dans ta vie?

Chaque grande décision a été un déclic qui m’a menée vers un autre déclic. Mes histoires d’amour ont été des déclics, les échecs aussi… Ces moments forts qui font naître en nous une force incommensurable pour provoquer un changement.

Mais un déclic c’est aussi une chanson, un livre, un film… Parfois on est visités par une pensée, une idée qui, aussi petite qu’elle puisse paraître, est parfois l’étincelle d’un grand déclic. Alors j’essaie toujours de rester alerte !

As-tu des projets pour cet été?

Non ! Et c’est super ! Pour la première fois, je me dis « On verra bien. L’été sera spontané et ce sera très
bien ! ».

Quel est le dernier voyage que tu as fais ?

Le Canada, Montréal! Une terre chargée très positivement. Dès lors que j’ai posé le pied là-bas, j’ai été détendue et j’ai eu la sensation de vivre chaque seconde du moment présent. Ce voyage a eu un impact sur un changement intérieur profond et il m’a ouvert des portes sur les plans : personnel, humain, créatif.

As-tu une routine beauté?

Pendant le confinement, comme beaucoup de femmes, j’ai arrêté de me maquiller et je trouve que c’est agréable de vivre le quotidien avec son vrai visage, en oubliant toute sorte d’artifice (même léger). C’est très plaisant de se maquiller, de pouvoir s’amuser avec ça. Mais je trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’un visage qui assume de s’exposer tel qu’il est. Avec les années, le visage reflète ce qu’on a à l’intérieur de soi. L’appétit vient en mangeant… peut-être que la beauté vient en souriant ?

Ce qui est sûr c’est qu’avoir une routine beauté, c’est d’abord faire attention à soi (soins, massages, méditation, sport, bonne alimentation) pour être au plus proche de son essence. Comme beaucoup de personnes (femmes et hommes), j’ai eu des périodes de complexes et bien que ce soit parfois difficilement contrôlable, le complexe est très dangereux.

Aujourd’hui, je suis éblouie quand je vois une personne transformer ce qui pourrait être vu comme un « défaut » au regard de la société, en un véritable atout. J’appellerais ça « l’alchimie de la beauté » et je pense que c’est la plus grande des clés.

Crédit: Stéphane.Rethore

Peux-tu me parler de ton rapport à L’ENVIRONNEMENT ? es-tu écolo ?

Je n’ai plus envie de dire que je suis « écolo » tellement c’est une évidence pour moi. C’est vital, ancré, profond, la protection de l’environnement est une priorité. Les Arbres ont toujours été des points de ressource quand ça ne va pas.

Je regarde beaucoup de documentaires sur la physiologie des arbres et selon moi, ils ont un mode de
fonctionnement proche de la perfection. Sans avoir besoin de créer un monde juridique ou médical, ils ont naturellement appris à se respecter, à se protéger avec une immense solidarité, et à communiquer entre eux efficacement. La compétition est un concept qui n’existe pas pour les Arbres et ce serait formidable si dans les écoles de commerce, on apprenait à fonctionner comme eux…


Je suis loin d’être à la perfection du zéro déchets mais j’essaie de ne pas utiliser de plastique, je tente au
maximum de consommer local quand cela est possible et je ne mange plus de viande. Je ne jette JAMAIS de nourriture, je pense que le gaspillage est ce qui me met le plus en colère. J’évite de prendre des taxis et je privilégie la marche/ le vélo ou les transports en commun. La base quoi !

Si tu avais la petite fille que tu étais devant toi, que lui dirais tu?

Surtout, ne laisse personne effacer ton identité authentique ! Oublie le mot « peur » et fonce !

AS-TU un conseil à donner aux gens qui te liront ?

Je n’ai aucun conseil à donner à qui que ce soit. Je crois qu’on trouve les meilleurs conseils soi-même si on
essaye toujours, jusqu’à la dernière seconde de sa vie, d’être avec honnêteté au plus proche de son âme.

Cet article a été rédigé en écoutant Sahalé Djiiin