S’il y a bien une chose qui fait du bien en toute saison c’est le rire. Il est impossible pour moi de ne pas penser à cette émotion lorsque je prononce le nom de cette femme. Camille c’est une personne qui peut te faire rire en quelques secondes. Il te suffit d’être à ses côtés pour te rappeler à quel point la vie est précieuse et qu’avec le rire même les souffrances les plus profondes peuvent le temps d’un instant s’estomper. C’est une arme puissante que de pouvoir faire rire quelqu’un au delà des mots. Merci pour ta générosité et ton regard sur le monde qui fait du bien aux gens que tu croises.

Quel à été ton parcours pour arriver au théâtre ?

Après un BAC littéraire, j’ai fait une école de commerce à Nantes. A cette époque, je ne savais pas encore ce que je voulais faire de ma vie. En 1 ère année d’école, je me suis inscrite dans l’association Théâtre, ça a été une révélation, j’ai ensuite dirigé l’association pendant 2 ans, et j’ai commencé à prendre des cours de théâtre en dehors.

J’ai voulu me lancer dans le théâtre à temps plein après 3 ans d’école mais ce choix inquiétait mes parents donc je suis allée jusqu’au Master 2 et une fois mon diplôme obtenu, j’ai intégré directement le Cours Florent à Paris.

Lisa Lesourd photographie.

Que t’inspire Paris? DEPUIS COMBIEN DE TEMPS Y HABITES TU?

J’habite Paris depuis 11 ans et au début, cette ville me faisait peur, venant de Nantes, Paris me paraissait immense. Aujourd’hui, je m’y plais beaucoup, j’adore découvrir de nouveaux lieux (restos,bars, musées, théâtres…). Culturellement parlant, c’est une ville très riche, au niveau de l’offre en spectacles par exemple mais aussi au niveau des rencontres, il y a très peu de vrais Parisiens à Paris,

C’est une chance de pouvoir rencontrer chaque jour autant de personnes différentes ! En revanche, c’est une ville qui aspire beaucoup d’énergie, il y a tellement de choses à voir et à faire. Aujourd’hui j’aime encore plus Paris quand je peux m’y échapper pour me ressourcer.

Quelle formation recommanderais- tu, à une personne voulant se lancer dans la comédie?

Je ne recommanderai aucune formation particulière, il n’y a pas un chemin pour arriver dans ce métier. Je connais des comédiens et des comédiennes qui n’ont pas fait de formation et qui croulent sous les projets aujourd’hui. Ce sont les expériences qui nous forment, c’est avec elles qu’on apprend le plus. Aujourd’hui on peut se former seul.e en créant ses propres projets, il suffit de voir le nombre d’artistes innovants qui émergent aujourd’hui grâce à Internet.


Concernant mon parcours, j’ai fait une formation théâtrale car j’ai eu besoin d’un cadre pour découvrir et apprendre les bases de ce métier. Ma formation m’a permis d’acquérir une légitimité ainsi qu’un réseau de comédien.ne.s très utile aujourd’hui.

J’ai toujours eu ce goût pour la comédie, en faire mon métier n’a été qu’une suite logique.

Quel autre pays fait parti de ton histoire ?

A 19 ans, je suis partie quelques mois à Dublin pour apprendre l’anglais, j’ai été serveuse dans un restaurant. J’ai beaucoup aimé la culture de ce pays, les Irlandais sont simples, accueillants et pas les derniers pour faire la fête ! Dublin est une ville que j’affectionne beaucoup, je veux absolument y retourner pour fêter la Saint Patrick !


À 21 ans je suis partie à Montréal pour faire un stage en Management et Marketing International. J’ai travaillé plusieurs mois pour l’Orchestre Symphonique de Montréal, j’étais en charge d’organiser des événements de collecte de fonds pour financer l’orchestre. J’ai adoré cette expérience, j’ai baigné dans l’univers de la musique classique, milieu que je ne connaissais que très peu avant.

Depuis, j’y ai refait un séjour il y a 2 ans, et Montréal est une ville toujours aussi vivante, cosmopolite, accueillante, bienveillante. Et c’est la ville où je me sens le plus en sécurité.

Préfères-tu la scène Ou le CINÉMA ?

J’aime les deux, l’expérience est simplement différente. Au théâtre le résultat est immédiat, devant le public ça marche ou ça ne marche pas, on ne peut pas faire plusieurs prises. Je ne suis pas encore sur grand écran mais le travail audiovisuel est différent, le processus est souvent plus long pour présenter le résultat au public, ce qui peut créer une frustration. Dans ma carrière, j’aimerais trouver un équilibre entre la scène et l’écran.

Tu fais des courts métrages, du stand up, des voix off, comment arrives-tu à gérer ton quotidien ?

Pendant plusieurs années j’ai eu un job en parallèle de mes activités de comédienne, je devais ainsi organiser mon emploi du temps en fonction de mon travail alimentaire. Jouer mon premier spectacle m’a permis d’acquérir le statut d’intermittente et cela a vraiment changé ma vie, j’ai désormais beaucoup plus de temps à consacrer à la création et à mes projets, du coup organiser mes semaines est devenu plus simple.

Les talents féminins de @goldenmoustacheoff à @olympiahall

Tu peux NOUS parler de ton one woman show ?

Mon premier one woman show que j’ai joué en 2019 abordait différents thèmes au travers de stand up et de personnages : le yoga du rire, les bullshit jobs, les règles, la sexualité des séniors. Mon deuxième spectacle que je devais jouer pour la première fois le 14 mars tire plus sur le seul en scène, je joue un personnage du début à la fin, une directrice d’entreprise de boules à neige qui convoque ses employés (les spectateurs) pour une réunion d’urgence.

LA DATE EST REPORTÉE EN SEPTEMBRE SI LES THÉÂTRES RÉ-OUVRENT….
Photographie Romain Bergeot

As-tu des modèles dans la vie?

Je n’ai pas à proprement parlé de modèles, car je considère qu’avoir un modèle relève de l’imitation. En revanche, il y énormément de personnes qui m’inspirent, les parcours de vie m’inspirent, le courage, la détermination, la résilience.
En ce moment il y a le génialissime documentaire sur Netflix ʺThe Last Danceʺ, alors je ne suis pas spécialement fan de basket, mais là le sujet c’est Michael Jordan, légende du basket, travailleur acharné, premier sportif à devenir milliardaire, je trouve que cet homme et les valeurs qu’il transmet Sont hyper inspirants. Ce genre de succès story donne envie de donner le meilleur de soi-même dans son domaine.

Je ne veux imiter personne, je veux travailler mon propre style.

The Last dance sur Netflix

Quelle est ton humoriste préférée ?

J’ai grandi avec les sketchs de Muriel Robin, j’adorais l’imiter en reprenant ʺ L’addition « ,ʺ Le salon de coiffure, ʺ La réunion de chantier » Muriel Robin est une des personnes qui m’a donné envie de faire ce métier. L’année dernière je suis allée la voir au Théâtre de la Porte Saint-Martin lors de la reprise de ses sketches cultes, et en la voyant sur scène pour la première fois, j’avais vraiment l’impression de la connaître intimement, qu’elle faisait presque partie de ma famille. D’ailleurs j’ai été impressionnée par le lien extrêmement fort qu’elle entretient avec son public.


Dans les humoristes plus récents j’aime beaucoup Blanche Gardin, Jérôme Commandeur, Roman Frayssinet, Louis CK, Sarah Silverman, Tig Notaro. Et puis Fabcaro pour la BD humoristique, j’ai tous ses albums je suis archi fan.

Camille de La Poëze, Carolane Domart & Juliette Galoisy

Quelle est ta routine bien-être ?

Aïe aïe aïe ! Je ne pensais pas répondre à cette question un jour… A l’heure où je réponds à tes questions Julie, nous sommes confiné.e.s et c’est vrai que j’ai plus de temps pour m’occuper de moi, je me suis mise au yoga, je fais des masques (et je ne me maquille plus !), je prends le temps de cuisiner, je dors plus et ça, c’est le bonheur !

As-tu déjà eu un moment de panique à la télé ou sur scène ? raconte moi…

Oui, pendant un examen de fin d’année au Cours Florent, j’ai eu un trou de mémoire en rentrant sur scène. Ma partenaire attendait que je dise la première réplique qui devait lancer la scène mais rien n’est sorti, j’avais un écran noir devant les yeux. Cela a duré plusieurs secondes qui m’ont paru être une éternité. Ma partenaire a compris dans mes yeux ma panique, j’étais paralysée, elle a donc improvisé du texte le temps que je me reconnecte à la scène, ce qui a heureusement marché. Depuis, j’ai toujours gardé cette appréhension avant de monter sur scène mais j’essaye de ne pas y penser.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Tout m’inspire et je crois vraiment que la force d’un artiste est d’être curieux et de puiser l’inspiration partout : dans ce qu’on lit, dans ce qu’on voit, dans ce qu’on entend… J’aime beaucoup flâner toute seule, quand on est seul.e.s, on est alors ʺ disponible ʺ, le dialogue avec des inconnu.e.sest plus facile.

Un jour à la laverie, j’ai rencontré une femme qui s’appelait Lili, une ancienne chanteuse de cabaret, elle m’a parlé d’elle et de sa vision du monde pendant 45 minutes, elle avait besoin de parler, j’ai pris le temps de l’écouter et je ne l’ai jamais regretté. Tout ce qu’elle m’a dit je m’en souviens encore aujourd’hui.

Dans son livre ʺComme par magieʺ, Elizabeth Guilbert décortique le processus de création et dit de la curiosité que c’est ʺla vérité et la voie vers une existence créative. Sans compter qu’elle est à la portée de tous.
C’est un simple et inoffensif petit jeu de piste. Et il pourrait vous emmener dans des endroits aussi fascinants qu’inattendus »

Voyez où la curiosité va vous entraîner.

Quel rôle te fait rêver ?

J’aurais adoré jouer le rôle de Fleabag, dans la série anglaise éponyme de Phoebe Waller Bridge. Cette trentenaire paumée et dépressive depuis la mort de sa meilleure amie, qui galère dans sa vie professionnelle et personnelle (elle enchaîne les relations avec les hommes pour fuir son deuil) est hilarante et hyper attachante. J’ai dévoré cette série ! C’est drôle, c’est fin, c’est décalé, c’est mordant, bref tout ce que j’aime.

Série Fleabag

pourquoi cette nécessité de jouer différents rôles, d’incarner différents personnages? de faire ce métier?

J’ai commencé très jeune à observer les gens autour de moi, et plus je les observais, plus j’arrivais à les ʺ croquer ʺ, à capturer leur essence, à les comprendre et à anticiper leurs réactions. C’est par le biais de l’observation que j’ai commencé à faire des imitations et incarner des personnages.


Une fois que j’ai mis le pied dans le théâtre, ça a été une évidence, travailler sur les émotions et les sentiments humains est pour moi la plus belle chose au monde, c’est le plus beau métier, et être en plus payée pour ça c’est juste extraordinaire.
J’aime l’idée que le théâtre, comme la musique ou la peinture a le pouvoir de rassembler les gens.

Faire rire une salle remplie de personnes d’origines, de religions, de parcours différents, c’est bien la
preuve que nous sommes tous pareils et que le rire est universel.

Le plus beau rôle du cinéma (joué par une femme) pour toi ?

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Meryl Streep, mais quand je l’ai vue jouer le rôle de Francesca dans ʺSur la route de Madisonʺ, j’ai pris une énorme claque. Cette femme au foyer tourmentée par un amour impossible, pleine de sensibilité et de questionnements est bouleversante.
A chaque fois que je le regarde je suis tellement émue, et à la fin du film c’est simple je passe en mode gros sanglots.

Photographie Lisa Lesourd

Quelle est ta mission dans le monde ?

Je n’ai pas de mission dans le monde, ce serait une charge beaucoup trop lourde pour mes petites épaules. Par contre, faire ce que j’aime en essayant de donner du sens à ce que je fais, ça m’intéresse. A mon humble niveau, si je peux faire rire, divertir (ce n’est pas un gros mot !) ou réfléchir sur des sujets sociétaux, c’est gagné !

Elles, c’est le collectif La Douche.

Le début de cet article à été écrit en écoutant Mild Orange – Some Feeling