Femme indépendante, militante féministe engagée et jeune maman concernée par les générations futures, Morgane est ce que l’on pourrait appeler une sorcière des temps modernes, qui a choisi de repenser sa vie afin de se rapprocher de son être intérieur et de s’aligner avec ses convictions profondes. 

A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, elle nous fait le plaisir de nous présenter son projet tout neuf qui sonne comme une renaissance : OSTARA, une association qui accompagne les femmes victimes de violences. 

Modèle ancestral mille fois étudié par les historiens et anthropologues de ce monde, le patriarcat semble avoir émergé environ 4000 ans avant notre ère, suite à la prise de conscience du rôle biologique de l’homme dans la procréation. Il a depuis été très largement adopté, imposant une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, à l’exclusion des femmes. 

Ainsi, il faudra attendre la révolution culturelle de mai 68, avec notamment l’émergence et la politisation des mouvements féministes, pour que ce modèle soit enfin décrié. Actuellement en crise identitaire, économique et de religions, tout nous laisse à penser que la société est en pleine mutation et que ce modèle social arrive à son déclin. 

Pourtant, en 2021 le Forum économique mondial estime le temps nécessaire pour combler les inégalités de genre dans le monde à 135,6 ans, alors qu’il était de 99,5 ans en 2020. La pandémie de Covid-19 ayant ainsi fait reculer d’une génération supplémentaire l’atteinte de la parité.

Et de ce contexte inégalitaire, ce sont de nombreuses violences infligées quotidiennement aux femmes du simple fait de leur genre qui en découlent : violences domestiques, harcèlement ou agressions sexuelles, mariage forcé, mutilation génitale, trafic humain… En France en 2020, rien que dans la sphère privée ce ne sont pas moins de 213 000 femmes qui ont été victimes de violences physiques ou sexuelles commises par leur conjoint. Seules 18% d’entre elles ont porté plainte.

Fort heureusement, face à cette situation alarmante, nous assistons depuis quelques années à un nouvel élan sorore, qui encourage la libération de la parole des femmes, notamment à travers la montée du féminisme, ainsi que de son désormais très célèbre #MeToo. Crée en 2007 par une militante américaine, ce mouvement social ne cesse de faire le tour du monde sur les réseaux sociaux, levant ainsi enfin certains tabous sur les violences subies dans l’ombre par de trop nombreuses femmes. 

Ces militantes féministes qui permettent de faire bouger les choses, Morgane en fait partie. Et pour ce troisième billet, c’est donc avec beaucoup d’admiration que je lui laisse la parole, afin qu’elle aborde de façon éclairée ce sujet qui nous concerne toutes. Et qu’elle mette une fois encore en lumière la puissance de la sororité, si chère à nos cœurs; pour je l’espère très bientôt, un monde plus doux.

Morgane, Bonjour et merci de rejoindre les Amazones Parisiennes. 

Peux-tu te présenter en quelques lignes ? 

Je m’appelle Morgane, j’ai tout juste 37 ans. 

Je suis née dans l’Oise où j’ai grandi ; mais j’ai passé ces 18 dernières années à Paris où j’ai d’abord travaillé dans la communication avant de me rendre compte que je n’y étais vraiment pas à ma place. A 30 ans, j’ai donc décidé de reprendre mes études pour devenir éducatrice spécialisée. Par choix militant, j’ai travaillé par la suite exclusivement auprès de femmes, au sein de diverses associations dans le champ de l’insertion ou de la protection de l’enfance.

Depuis quelques mois j’ai décidé de prendre un nouveau tournant en partant m’installer à Annecy avec mon conjoint et ma fille de 5 mois. C’est ici qu’est né mon tout nouveau projet : OSTARA

Crédit photo : Solenne Jakovsky

Chez les Amazones Parisiennes, nous aimons mettre en lumière les « femmes guérisseuses », celles qui éveillent les consciences et aident le monde à aller mieux. A travers cette reconversion tu fais partie de ces femmes qui nous inspirent. 

Peux-tu nous parler de cet engagement auprès des femmes et de tes motivations profondes?

C’est avant tout l’histoires de rencontres humaines, d’échanges avec des personnes inspirantes justement, qui sont pour certaines devenues des amis, notamment dans le milieu de la scène rock Parisienne. Elles m’ont permis de connaitre mieux ce champ et certains de ces métiers, et finalement de me trouver.

Puis évidemment ma rencontre avec le féminisme, pas juste dans son idée générale, mais bien tous ses tenants, qui m’a donné envie de m’engager, tout d’abord au sein de l’association Polyvalence à ses débuts, puis à travers mes choix de vie personnels et professionels. Depuis plusieurs années maintenant je travaille avec des femmes, qu’elles aient 15 ou 70 ans. Je trouve qu’il est important, de les accompagner du fait des violences qu’elles subissent, mais aussi de travailler à éradiquer ces violences et pour cela il est primordial d’éduquer les hommes dès le plus jeune âge, et de faire de la prévention. 

Mes motivations sont diverses et certaines sont même surement inconscientes. Ce qui est sûr c’est que je ressentais de plus en plus fort ce besoin de donner du sens à ce que je faisais. Les inégalités, la violence, les problématiques de notre société, ont commencé à être trop difficiles à vivre en tant que « spectatrice » et je ressentais vraiment le besoin d’agir. 

En arrivant à Annecy, tu as très vite constaté qu’il n’existait pas de structure adaptée, et tu as donc tout simplement décidé d’en créer une. DèS LORS, Peux-tu nous présenter ton association et tes projets futurs ? 

L’association que je viens de créer en février 2021 est OSTARA. C’est une association d’accompagnement de femmes victimes de violences sexistes et sexuelles, c’est-à-dire toutes violences faites aux femmes du fait de leur genre. J’ai créé cette association car il n’en existait effectivement pas sur le territoire qui permettait un accompagnement global ; ce qui est le cas de nombreux départements. Nous proposons un accompagnement en individuel (via des rendez-vous) et collectif (à travers des groupes de paroles et des ateliers). Nous sommes une association militante et de terrain. L’objectif est de permettre aux femmes d’avoir un lieu à elle, pour s’informer, parler, être écoutée, et accompagnée dans toutes les démarches (droits, soin, juridique, …) puisque les violences vont avoir un impact sur tous les pans de leur vie. 

Aujourd’hui la ville d’Annecy nous soutient et nous a mis à disposition un local tous les mercredis mais cela devient déjà trop peu en termes de temporalité. Nous espérons donc rapidement avoir un local à nous, ce qui devrait arriver en 2022, comme je l’espère d’autres subventions nous permettant d’employer des professionnelles. Nous travaillons avec les différents acteurs du territoire concernant des partenariats, des orientations ou des subventions. 

A long terme, je ne peux cacher, espérer monter une « Maison des femmes » qui serait un lieu de ressource et d’accompagnement, regroupant toutes les associations qui accompagnent les femmes. Je pense par exemple au Planning familial, à NousToutes74, OLF74, Cœurs de Guerrières et bien d’autres. Un lieu, à nous femmes, militant, sécurisant et sorore.  

Crédit photo : SowMo

En parlant de sororité justement, nous assistons actuellement de plus en plus à l’émergence de ce terme resté trop longtemps discret. 

Peux-tu nous parler de la puissance de la sororité en général et dans ce milieu particulièrement ? 

Je trouve que notre société manque encore cruellement de sororité, ce qui n’est pas surprenant quand on voit toutes nos façades avec le mot fraternité (qui, non, n’est pas générique, ça c’est la solidarité). Cela tient à notre éducation dans nos sociétés où nous nous sommes construites avec cette base patriarcale et où on nous vend la position rêvée comme étant celle de l’homme, professionnellement mais aussi émotionnellement. Moi j’adore être une femme, j’adore les femmes.

Et quoi qu’il en soit, je pense qu’il est dans notre devoir en tant que femme de se serrer les coudes (ce qui ne veut pas dire tout excuser ou accepter), juste s’entraider et apprendre à se comprendre, être bienveillantes les unes avec les autres car nous avons toutes vécues des situations de violences sexistes, nous partageons cela et bien plus encore. 

Dans le milieu militant ou social, les mêmes dynamiques sont en jeu. Evidemment les personnes sont un peu plus déconstruites que la moyenne mais nous restons dans cette même société. Je peux voir tant des comportements très sorores, comme pas du tout. Mais je remarque que les choses changent et je l’ai très fortement ressentie en arrivant à Annecy où j’ai pu noter une vraie volonté de se retrouver entre femmes, s’entraider, avec des initiatives diverses et variées mais ayant toutes à cœur de permettre aux femmes d’être plus fortes, ensemble. 

Crédit photo : SowMo

C’est justement ce que tu veux mettre en place à travers tes différents projets ? 

Oui, non pas que je pense que mon accompagnement n’a pas de valeur mais je suis persuadée qu’il n’est pas suffisant et qu’il n’y a rien de plus fort qu’un groupe de femmes pour accompagner, aider, d’autres femmes. C’est à cela que vont servir les groupes de parole mais aussi les différents ateliers. 

Ostara, ce nom sonne comme une renaissance. Peux-tu nous en dire davantage?

Le choix d’un nom n’est jamais aisé. Nous avons essayé de réfléchir à ce que nous voulions être pour les femmes tout en trouvant un nom qui ne soit pas trop apparenté à un mouvement (politique, religieux…). Nous tenions à que celui-ci fasse sens. Nous avons donc cherché des noms qui répondaient à certains critères et nous nous sommes essentiellement tournées vers les significations païennes et wiccanes car nous avons une petite passion sorcières. 

Le nom Ostara nous a vite fait écho. Elle représente un sabbat, une fête, lors de l’équinoxe du printemps. Cette période représente le moment où la nuit et le jour sont d’une durée égale et où l’on passe dans une étape de renouveau, d’éveil des énergies, du retour à la vie. Nous aimions l’idée que notre association représente cela dans le parcours des femmes : une nouvelle étape qui amène plus de lumière, de soin et de chaleur.

EN parlant de passion sorcieres, Te considères tu toi-même comme une sorcière moderne ? 

Je pense que nous sommes toutes des sorcières modernes, en tout cas avec mes sœurs féministes. La phrase que l’on rencontre, qui est maintenant bien connue est que « nous sommes les petites filles des sorcières qu’ils n’ont pas pu bruler » !! J’aime beaucoup cette idée. De plus je pense que nous portons en nous l’histoire de toutes les femmes, quelque chose de transgénérationnel, qui nous donne aussi du pouvoir. 

J’aime beaucoup également qu’à Annecy, très certainement du fait de la connexion à la nature, il y ait pas mal d’initiatives de sorcières : boutiques, tiers lieu… J’aime l’idée de reconnexion les unes aux autres, au pouvoir de la nature et aussi à soi-même. Toute cette dynamique me prouve que je ne me suis pas trompée en venant vivre ici, pour moi et pour ma fille aussi, afin que nous soyons plus proche de ces valeurs-là. Aujourd’hui, au-delà des lectures, je m’atèle à ce travail de lien, des énergies à travers des rituels, des spell jar, les pendules, et j’aimerais me remettre au tirage des cartes et découvrir les oracles, … 

EN tant que militante feministe, peux tu nous donner ta vision de la FÉMINITÉ et du rapport au corps ?

Je n’ai pas de définition de la féminité, je pense qu’elle nous appartient de manière très différente chacune. Je ne suis personne pour dire que telle ou telle chose est féminine ou ne l’est pas. Cependant je pense qu’il est important de pouvoir redéfinir ces notions, mais là c’est tout un mémoire qu’il faudrait écrire ! 

En tout cas, je ne me suis que rarement questionnée sur ma féminité. Je peux juste dire qu’il est important d’apprendre à s’aimer, ce que l’on est, ce que l’on représente… c’est un cheminement, pour certaines de toute une vie. Et comme toutes, parfois je suis à l’aise avec qui je suis et avec mon corps, qui me porte chaque jour, et à d’autres moments je le suis beaucoup moins. Mais ce corps représente ma vie, et j’ai choisi de le façonner à mon image, de me le réapproprier, notamment à travers le tatouage, qui est une tradition ancestrale. 

Crédit photo : Flore Tricotelle

Si certaines femmes victimes de violence nous lisent, que souhaiterais tu leur dire ? 

Que ce qu’il leur a été fait n’est pas de leur faute, qu’on les croit !!

Ensuite, que des associations existent sur le territoire, pour de l’information, de l’aide, du soutien ou de l’accompagnement. A paris c’est assez simple pour trouver mais même ailleurs il y a des initiatives comme la notre et si jamais elles ne trouvent pas il y a : le 3919, le Collectif féministe contre le viol au 0800059595, et parfois un Planning familial ou un CIDFF qui peuvent être de premières interlocutrices. 

Comment nos lectrices peuvent-elles soutenir tes projets ?

Nos plus grands besoins sont de 3 ordres : 
– nous faire connaitre des femmes sur le territoire de la Haute Savoie afin d’être repérées et de pouvoir les accompagner
– nous aider à obtenir des subventions, et pour cela toute idée est la bienvenue : un contact, un appel à projet à nous transmettre, un mécène…
– nous suivre sur les réseaux afin d’augmenter notre visibilité

Et enfin, POUR FINIR, qu’est-ce qu’une amazone parisienne pour toi ?

Les sorcières, les amazones, les sirènes, toutes représentent à leur façon un gang de meufs qui veulent s’entraider et faire bouger les choses, alors je ne peux qu’adorer.

Morgane, mille mercis pour ce partage.

Infos pratiques :

Retrouvez l’association OSTARA ici

Pour les rencontres individuelles, contactez Morgane par téléphone : 0649821202 ou par email : [email protected]

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Les groupes de paroles se font sans rendez-vous.