Je me souviens du bruit que faisaient les volets dans mon enfance lorsqu’ils claquaient sur les murs par temps de mistral. Cela résonnait parfois si violemment que cela me faisait peur. Pourtant je ne me suis jamais levée pour rattacher le volet sur le mur. Personne ne s’est jamais déplacé. Nous le laissions frapper comme ça pendant des heures. Jusqu’à s’y habituer. Jusqu’à ce que cette frappe devienne familière. Nous savons tous que les vraies douleurs sont muettes. Je fais ce parallèle pour vous présenter la femme que j’ai interviewée. Légère et douce comme le vent elle peut cependant vous balayer d’un seul regard. C’est cette dualité que je trouve férocement belle. Car au-delà de la poésie que je mets dans ces mots pour la décrire, il y a une réelle puissance qui habite l’âme de cette femme. Ce n’est pas un hasard si elle se prénomme Louise qui signifie glorieuse combattante. Louise est dotée d’un imaginaire très puisant. Elle se balade sur les routes du monde avec sa caméra et son carnet dans la poche. Elle est cette femme qui, lorsque vous la quittez, vous interpelle encore et vous vous demandez si cette rencontre a réellement existé.. Longue vie à elle.

Depuis combien de temps habites-tu Paris ? Que t’inspires cette ville ?

Je suis née à paris et j’y vie encore plus ou moins. Cette ville est belle et les gens y sont farouches. J’ignore ce qu’elle m’inspire. On s’inspire tous ensemble, il n’ y a pas le choix. L’inspiration c’est comme une transpiration, où que tu sois, si tu fais un effort, ça sort de toi sans vraiment savoir pourquoi. 

Le cinéma a t-il toujours fait partie de ta vie? comment y es-tu parvenue? 

Le cinéma, ma mère l’étudiait quand elle était enceinte de moi. Il a toujours étais là. Je ne fait que commencer cette longue valse avec lui.

Quel autre pays fait partie de ton histoire ?

Le monde fait partie de notre histoire, peu importe le pays, tu trouveras toujours un « double » dans chacun des êtres qui croiseront ta route.Il n’y a pas de hasard.

peux-tu me parler des films que tu as réalisé? 

J’ai réalisé quelques films et chacun d’entre eux à été une expérience humaine très forte. Que ce soit dans le résultat ou dans la fabrication, il y a toujours quelque chose de magique qui s’est produit. 

Jungle Le film

Tu fais des courts métrages, du théâtre, du montage, de la musique comment arrives-tu à gérer tout cela ?

Je n’ai pas d’emploi du temps. Je me donne des deads lines que je respecte peu, mais j’essaie cependant de faire dans l’ordre des priorités. 

Tu peux nous raconter un souvenir particulier sur l’un de tes films ?

J’ai un souvenir sur l’un de mes films en Iran.Nous allions tourner une scène dans un puit et il nous fallait un serpent alors on se demandait comment nous allions réussir à truquer cela. Soudainement, la magie à opérée, il y avait un serpent qui est arrivé dans le puit. It was nice. Le plan marche bien.

Tu fais la musique de tes films aussi ?

Faire la musique de mes films n’a pas été un choix mais un instinct, une envie et surtout un plaisir. 

Comment imagines-tu le monde dans 100 ans?

Je ne suis pas prophète. Je ne serai plus de ce monde dans 100 ans. Pour ma part, je me serai réincarnée en chat ou en oiseau pour des petites vacances existentielles. Je suis optimiste il y aura encore de l’amour sur terre dans 100 ans.
J’espère me battre davantage pour améliorer les choses de ce monde lors de mon passage ici. Nous sommes làpour quelque chose. Nous avons fait le choix de venir sur cette terre, pour retrouver le goût d’être une personne de chair et de sang. Pour faire l’expérience à nouveau du goût et des émotions.
Agissons avec notre cœur et notre simplicité, calmement.

Peux-tu me parler d’un voyage qui t’a marqué?

En mai 2019, je me suis envolée pour l’Iran une seconde fois. J’ai fait une escale en Russie car les vols directsn’existent plus. Je suis arrivée à Moscow vers 23 heures quand le personnel m’a dit que j’ai raté mon escale. Le prochain vol est 24 heures plus tard.

L’aéroport fait plus de 4 kilomètres et il n’y a même pas un endroit prévu pour prendre l’air. Ça m’angoisse, j’essaie de trouver des sorties, c’est plus fort que moi. Je réussis à rentrer dans une gate. Je descends alors les escaliers, et me retrouve face à une porte. Derrière des pistes de décollage, quelle excitation ! J’ai beau forcer cette porte, elle ne s’ouvre pas. Je retourne sur mes pas, lorsque je me rends compte que je suis enfermée. Je sonne alors sur un interphone, une femme russe me réponds. Je la vois arriver vers moi, elle n’a pas l’air commode.


Je m’amuse à jouer la victime. Elle m’emmène dans un bureau où un homme d’environ 2 mètres en uniforme me surveille. Je lui demande ce qu’il va m’arriver mais il ne me répond pas. J’en déduis qu’il ne comprend pas l’anglais.


Une autre femme arrive en uniforme. Je commence à avoir peur. Elle m’explique que ça ira pour cette fois. Maintenant je serais sage comme une image. Je m’amuse alors à filmer les hôtesses de l’air et les stewards, je les aime bien dans leurs uniformes. Ils sont sexy. Et ça me rappelle un peu Jackie Brown. 
Me voilà enfin dans l’avion pour Téhéran. Que des iraniens, je me sens enfin chez moi. Quel bonheur. J’arrive à 2 heures du matin. On me fait patienter 3/4 heures pour obtenir mon visa sur place. Un policier vient me poser des questions, il ne comprend pas pourquoi je parle perse, et pourquoi j’aime tant ce pays. En parallèle mes amis m’attendent de l’autre côté. 


Il est bientôt 6h du matin quand ce même policier revient m’expliquer qu’il ne me donnera pas de Visa. Je pleure un petit coup. Il m’emmène dans un lounge avec de grand canapé et un buffet de nourriture iranienne. Je suis quand même en Iran, enfermée certes mais en Iran. Les saveurs me rappellent des souvenirs. Je me fais amie avec le personnel, cela me permet de pratiquer la langue, et confirme bien mon amour pour ce pays.


24h plus tard, un policier vient me chercher, confisque mon passeport et m’escorte jusqu’à l’intérieur de l’avion où se trouve ma place. Ils m’ont prise pour une terroriste ? Quand j’arrive à Moscow, deuxième escorte, une femme prend mon passeport et me demande de la suivre. Elle m’emmène dans l’avion pour Paris. 


C’est seulement sur le territoire français que l’on me rend mon passeport. 4 jours où je n’ai pas pu respirer l’air pur, où j’ai pris 4 avions et fait 4 aéroports. Je l’ai pris comme initiatique. Comme une prise de conscience sur le monde qui a été bâti avant nous et dont je ne suis pas fière.
L’Iran fût mon premier long voyage seule. J’ai appris beaucoup de choses. La langue reflète cette culture si poétique. La façon de se comporter en privé, en public. Tout est dans le détail, d’où l’intention, le rapport au temps y est différent. 

y-a-t ‘il des moments qui ont été des déclics dans ta vie ?

J’ai vécu des déclics et des claques ! La vie on se la prend. Je mange bien, je dors, je rencontre, je tombe amoureuse, et je retrouve la solitude. La vie est un processus qui demande beaucoup de patience.
Je suis pressée, car je sais que je n’ai pas encore tout expérimenté dans les plaisirs intenses que comporte la vie. Je n’ai eu qu’un avant-goût pour l’instant et il est délicieux. 
Je suis plutôt vorace dans le genre, mais n’oublions pas l’arbre qui pousse et tout le temps qu’il prend, pour atteindre sa grandeur. 

AS-TU UNE MISSION DANS LE MONDE?

Je pense être dotée de pouvoirs que je n’exploite pas intensément encore mais ça ne serait tarder. Je prends le temps. La nature nous fait des cadeaux, à nous de jouer et de l’écouter attentivement, simplement pour gagner, distribuer et partager davantage avec le monde qui nous entoure.  

Cet article a été écrit en écoutant Animals of The Earth Vol​.​1