les fascias


Un organe qu’on avait l’habitude de mettre à la poubelle dans nos cours d’anatomie.

Robert Schleip, spécialiste allemand fascia.


Sans enveloppe et sans structure, un tissu mystérieux, fibreux et blanchâtre, pendant trop longtemps dédaigné.

On parle de « un tissu conjonctif omniprésent dans le corps humain. Il forme une matrice qui sert de support à tout l’organisme. Les fascias interpénètrent et entourent tous les organes, les muscles, les os et les fibres nerveuses », définit le Fascia Research Group.

En tant qu’organe sensoriel le plus important de l’organisme, le fascia est directement connecté au système nerveux central à qui il transmet en permanence des informations proprioceptives (la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties du corps) nociceptives (fonction défensive, d’alarme) et intéroceptives (perception subjective de l’habilité à ressentir son propre corps).

Tissu fascial profond et superficiel © Arte

Le fascia influence les mouvements, la circulation sanguine, l’équilibre hormonal, l’humeur, la conscience de soi, les processus douloureux, la régulation et les réactions émotionnelles, la tension des muscles et par conséquent le comportement. —> Il s’adapte en permanence à toutes nos actions et nos réactions.

Un des trois systèmes de communication du corps avec les systèmes nerveux et fluidique, il communique les informations à la vitesse du son dans l’eau. En intégrant ses qualités de reliance, de résilience et d’espace dynamique, le corps redevient alors un espace de résonance, un lieu de communication des différentes structures entre elles, des différents systèmes, une sorte d’intranet. 


Structure et fonction

C’est à Bordeaux que Jean Paul Guimberteau, chirurgien de la main, arrive à filmer les fascias pour la première fois!
On est devant a un cahos apparant, un réseau fibrillaire, qui change en continuation, de la surface et jusqu’en profondeur, sous formes et diamètres variables, mais toujours CONTINU. Chez un adulte, cet organe pèse environ 20 kg.

En Italie, Carla Stecco – Chirurgien orthopédiste et Professeur d’anatomie à Padova, étudie les fascia à travers les dissections et mappe le tout dans son Atlante : Functional Atlas of the Human Fascial System.

Elle utilise un pamplemousse, pour mieux faire comprendre à ses étudiants la structure des fascias; les parois qui contiennent la chair du fruit sont similaires à celles du corps humain, qui contiennent les muscles.

Pamplemousse © Jason Abdilla | Carla Stecco © Arte

Ce réseau fascial est comme une magnifique toile d’araignée humide, tridimensionnelle, cristalline et ininterrompue, faite de collagène, d’élastine et de substance extra-cellulaire. Composé à plus de 68 % d’eau, le fascia nous permet de gérer les contraintes physiques, comme la gravité ou les stress mécaniques. Lorsqu’il est dans sa forme optimale, hydraté et entretenu, il est fluide, dynamique, réactif et nous permet d’être en pleine santé. 

On peut distinguer :

  • le fascia superficiel (ou tissu sous-cutané), qui constitue la couche profonde de la peau 
  • le fascia profond, une lame fibreuse sur laquelle repose le fascia superficiel et qui sépare les muscles superficiels du tissu sous-cutané
  • les fascias internes, qui comblent les espaces entre divers organes 
  • les fascias viscéraux, qui correspondent à la tunique externe de certains viscères

Le fascia superficiel et les fascias internes sont constitués de tissu conjonctif lâche, tandis que le fascia profond et les fascia viscéraux sont composés de tissu conjonctif dense.

Fibroblastes et fibres de collagène ©Arte

Plus en détail, il y a les fibroblastes, entourés d’une matrice.

Le fibroblaste est une cellule présente dans le tissu conjonctif, parfois appelée cellule de soutien. Ce sont notamment des cellules résidentes du derme qui en assurent la cohérence et la souplesse. Les fibroblastes produisent des fibres de collagène, composant principal de la matrice, un peu comme les briques d’une maison. Les couches glissent entre elles et changent leur structure et composition en continuation.

Le concept de TENSEGRITÉ nous aide à mieux comprendre la fonction des fascia. Le terme tenségrité — issu de la contraction des mots « tension » et « intégrité », a été employé pour la première fois en 1975 par un architecte américain Richard Buckminster FULLER. En observant les éléments de la nature, il a l’intuition que ceux-ci sont maintenus ensemble de manière dynamique. 

Dr Schleip © Arte

Le modèle de tenségrité est constitué de deux composants de base: des câbles et des tiges. Les deux composants forment une unité mécanique qui peut changer de forme avec un minimum d’effort et retourner à sa position originale.

La matière des fascias est constituée d’éléments qui ne sont pas disposés en vrac. Ils occupent l’espace de façon optimal dans le but de maintenir une pré-tension permanente sur le tissu contraint, l’empêchant de s’étirer ou de se comprimer de manière excessive. En somme, il n’y a aucune rupture dans le corps humain. Si on soustrait le tissu conjonctif du corps humain, les os s’écrouleraient immédiatement.

L’intérêt de ce système est de conserver l’intégrité de la structure qui préservera toute ses capacités fonctionnelles. Si le fascia répond à toutes ces prérogatives, c’est notamment en grande partie grâce à une protéine présente en abondance dans sa matrice : Le collagène. Cette protéine incarne en tout point ce « voyage » à différentes échelles hiérarchiques pour aboutir à sa fonction définitive : unir et protéger l’entité tissulaire.

Ce système fibrillaire, à haute densité d’interconnexions, n’a pour but que de favoriser la vie. On le retrouve dans toutes les structures vivantes et à de nombreux échelons. Et lorsque l’on gravit ces échelons, le leitmotiv reste le même, « s’adapter et permettre la vie ». Ce fascia qui assemble, mobilise doit donc s’adapter ; s’adapter à la posture, à la gravité, à la bipédie de l’être humain, à la mobilisation des membres, à la préhension… Pour cela, à certains endroits le fascia se densifie, il se spécialise en tissu conjonctif plus ou moins dense selon la contrainte qui s’y opère.


MAux de dos non-spécifique et stress

Fascia thoraco-lombaire © Arte

Les fascias ? Causes et solutions de l’affection la plus répandue actuellement: le mal au dos.

C’est certain que une sensation de pincement à un endroit du corps a le plus souvent son origine ailleurs. Les fascias sont la preuve évidente que tout ce qui se passe dans notre corps, de l’intérieur vers l’extérieur et vice-versa a plusieurs conséquences qui se distribuent dans le corps, pas seulement au niveau physique mais aussi sur le plan mental. Ce tissu omniprésent d’adapte en changeant sa structure en continu pour garder un certain équilibre et compenser.

Le fascia profond le mieux connu et le plus important de notre corps, le thoraco-lombaire — qui relie les épaules des hanches, serait responsable du mal de dos non-spécifique. Il semble y avoir un lien de cause à effet entre adhérence fasciale et douleurs dorsales.

Les majeurs ennemis des fascias et de notre dos sont: immobilité, déshydratation et stress!

Quand une partie de notre corps est immobilisée pendant une longue période de temps, la production de collagène augmente. Ce qui suit est une réduction de la capacité de glissement des couches de tissu fascial sur la longueur. Et quand il y un barrage routier notre corps doit trouver d’autres chemins, inhabituels, pas conçus pour ça.

Le système conjonctif est un grand réservoir d’eau, selon l’âge de l’individu la proportion atteint le 70%.
L’acide hyaluronique en est le lubrifiant. Les molécules s’organisent en d’autres molécules, petites et grandes, se ramifient et se transforment en une sorte de structure spongieuse, capable de fixer des grandes quantités d’eau. Moins notre tissu capte de l’acide hyaluronique, plus la mobilités de nos fascia est réduite.

En cas de déshydratation, les tissus ne glissent plus les uns sur les autres, les fascias et les muscles ne jouent plus leur rôle d’amortisseurs, leurs qualités élastiques et de rebond sont altérés. Les fonctions neurologiques sont également touchées : on perd notre capacité à « rebondir ». Des compensations s’installent et déclenchent des douleurs diffuses, des blessures. Le système nerveux végétatif doit alors travailler encore plus pour nous soutenir, nous stabiliser et nous protéger. 

Le mal du dos chronique a été étudié aussi par le Dr Hélène Langevin. — « Souvent on se lançait faire des radios ou des irm mais les résultats étaient normaux, et on a vu souvent que des patients avec des disques lombaires abîmés ou des irm catastrophiques n’avaient aucune douleur. Alors on s’est demandé si le problème ne venait pas du fascia thoraco-lombaire.« 

Une découverte importante a prouvé que, lorsque stimulé, le tissu fascial réponds avec des messages chimiques qui réagissent non seulement en présence d’une inflammation mais aussi quand il y a un stress émotionnel, de manière progressive et durable.
Les personnes ayantes maux de dos soupçonnaient que cela dérivait d’un stress émotionnel. Le responsable?
Le TGF = facteur de croissance transformant, un messager chimique qui réagit au stress.

Sûrement il y a encore des lignes de fascias à prouver scientifiquement mais c’est évident la relation interdépendante entre psyché et soma.

Tissu fascial au microscope électronique © Arte


yoga et bien-être des fascias

État émotionnel, étirement, exercice physique, hydratation sont les facteurs clés pour la qualité de santé de notre système fascial.
Dans le yoga est connu que notre état émotionnel impacte énormément notre état physique, et donc notre pratique, et vice-versa.

Connaître et comprendre le fascia, cette véritable matrice qui sert de support à l’organisme pourrait bien révolutionner notre regard sur le fonctionnement de notre corps et nous donner envie d’évoluer dans notre pratique du yoga.

Les découvertes sur ce tissu de reliance révolutionne nos connaissances anatomiques, bouleversent et nourrissent notre compréhension du corps en mouvement et nous invitent à changer de regard sur notre pratique des asanas. La pratique se réoriente et devient moins musculaire et statique mais plus intégrative et dynamique, dans l’optique de réveiller notre « bio-intelligence », notre système d’auto-régulation mécanique. 

Les Fascias © Arte

Nous entraînons bien sûr nos fascias dans la pratique du yoga, surtout lorsqu’on aborde la pratique de manière moins linéaire ! Il s’agit donc de varier l’angle des articulations, la vitesse et de jouer avec les déséquilibres et variations dans les postures afin de prendre en compte les dimensions multi-directionnelle et multidimensionnelle du fascia. 

La pratique nous permet une rencontre avec notre corps et notre esprit à chaque fois nouvelle. C’est pour cela très important d’adapter et écouter son corps et cultiver la patience puisque la reconstructions des tissus et l’adaptation des nouvelles structures — physiques comme mentales, ont besoin de temps pour être assimilés et intégrés.


Les traitements

Récemment reconnue comme thérapie complémentaire en Suisse : la Fasciathérapie

La fasciathérapie est une thérapie manuelle et gestuelle centrée sur le/la client.e et le développement de ses ressources internes. Elle associe à son approche curative une dimension éducative et relationnelle qui aborde globalement le/la client.e et le/la rend actif.ve dans sa démarche de santé. Elle insiste notamment sur l’unité corps / psychisme, sur la dimension relationnelle du toucher et sur l’importance du mouvement et de la perception dans la santé.

D’autres traitements?

Une alimentation saine, une hydratation suffisante, quelques séances de thérapies manuelles de relâchement des fascias comme l’ostéopathie, le Rolfing, ou une pratique régulière du yoga — surtout le Yin, permettent aux fascias de se régénérer. La pratique des auto-massages, la Balls Therapy, avec un rouleau ou une balle de tennis sont également recommandés pour réduire les adhérences dans les tissus et décongestionner nos fascias. On pourra également pratiquer le massage cupping, une méthode par succion des fascias et des muscles dérivée de la technique des ventouses et issue de la médecine traditionnelle chinoise. Les bains dérivatifs de la méthode France Guillain, une technique qui consiste à rafraîchir les deux plis inguinaux et le périnée, permettent également de drainer les fascias.