Paris Poésie

Paris

Ville de Lumière et d’Ombre

J’ai l’impression d’avoir fait ton tour mille fois. Je connais par cœur, la mine affectée des parisiennes, aux joues poudrées, au rouge à lèvres comme un étendard vénéneux, un appel au baiser autant qu’un rejet, je connais tes « verres de vin en terrasse », tes beaux jours et ta mine grise, l’odeur de la pluie qui ruisselle sur tes toits. Je connais tes rues, tes splendeurs et tes recoins les plus sombres. J’ai parcouru cent fois tes avenues, galopé dans ton centre comme une antre, visité tes églises, tes temples, et j’ai même flâné dans tes boulevards, véritables musées à ciel ouvert.

Paris, tu es un bruit incessant, un grouillement, une affliction, un café au comptoir, le métro grinçant, un style qui s’affranchit de codes, qui existe en tant qu’étiquette, un revers de chemise, un murmure, une constance. Tu es le regard qui croise un autre regard, une mégalopole vieillissante, un cumul de vitalité et d’angoisse, Paris.

Et, pourtant, mille et une fois, c’est ce qu’il m’aura fallu pour que tu dévoiles, sous mes yeux las de toi, une nouvelle image. Sous l’air désabusé de ta Parisienne, qui me toise, me regarde de haut, en grattant un peu la surface, je découvre un regain d’énergie comme un nouvel élan.

Je me pose et j’observe et je vois : l’Amazone. Celle dont j’avais toujours rêvé, et je la suis.

Elle est une femme du Monde, elle semble rentrer de voyage, comme une vagabonde. Son chemisier est ajusté, sa jupe seyante, mais de sa chevelure indomptable, une plume s’envole.

Les yeux sont fiers, un peu farouches, elle regarde droit devant elle tandis qu’elle avance, sans tourner la tête tandis que son reflet dans les vitrines a l’air d’un cheval sauvage, lancé au triple galop. L’Amazone étonne, détonne, elle n’a peur de rien.

Elle ne porte pas de sac à main, juste une poche ample dans le dos, à la manière d’un carquois. La poitrine est ample, les épaules ouvertes, les hanches souples, le pied leste. Elle traverse Paris, son terrain de jeu comme l’est d’ailleurs le reste de la Terre. Elle porte des chaussures à talons, mais on l’imagine volontiers pieds nus, dans la terre du désert ou sur un volcan en ébullition.

A son cou, un élément essentiel, que je n’avais jusqu’alors pas remarqué ; un collier, simple, serti d’une pierre. Un éclat comme un miracle, un talisman protecteur, une effigie à la puissance du cœur. L’Amazone est généreuse, respectueuse, elle a tendu sa main aux autres femmes, qui sont comme ses sœurs, elle sourit à la Vie, aux enfants et aux Hommes. L’Amazone est une louve, un peu chamane ou sorcière, fille en fleurs ou gemme, précieuse, consciente de sa force et de sa vulnérable tendresse.

Sans que je m’en aperçoive, perdue dans des pensées mauves, égarée le temps d’un soupir, l’Amazone a échappé à ma vigilance, au détour d’une rue. Plus tard, je la trouverai. Je n’aurai pas besoin de me servir d’une boussole, car l’Amazone est partout, en moi, en vous, en nous…

#ToBeContinued

#LesAmazonesParisienne

 

by Emilie Le De

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