Oraison du soir
Il n’est jamais trop tard 
Pour sortir le loup de soi
Et danser nue dans le bois

Je suis ainsi une chimère qui dort  
Je suis ainsi un chemin fait d’or

Celui d’être sarments 
Celui d’être serments 
Dans ta vigne salvatrice 
Telle est le signe de vérité actrice

Être matière céleste, une libellule
Ô Liberté je ne te renierai pas 
Je t’aime d’être ainsi en moi 
Libre d’agir par, avec et en toi 
D’amour au dessus de la loi
Ainsi je suis dans tes doux bras 

Je suis accueillie et aimée d’être 
Fidèle à tes paroles je souhaite 
Porter du fruit fécond 
Accomplir les vœux et le pardon 
Le servir et être libre même en prison
Être servante de ses dons
Être fille de son Nom 

L ‘aimer
Le témoigner 
Le chanter 
À l’unisson 

Texte : Héloïse Martin @lesballadespoetiques
Photo de Thibaut Plaire @studioplaire, photo de la photo par @igota

*

C’est ce poème en cantique écrit pendant le confinement, qui m’a éveillé à l’appel de la Vigne, devenue le thème d’une Ballade Poétique dite “intérieure”. Format expérimenté lors d’un “Live Instagram” il y a une semaine, réalisé dans les vignes de Château Jouvente, avec un précieux ami : Ronan @ronandelacroix, curateur artistique.

Je vous partage ici quelques-unes des étapes de cette ballade,
et vous inviter à cette immersion poétique en Soi comme en l’Autre.

0. Pourquoi “La Vigne” en ce mois de Juin ?

Car c’est le symbole de la renaissance et j’ai le sentiment que nous sommes dans un nouveau cycle : de nos fleurs du printemps à nos vendanges, et ce traditionnellement 100 jours après les premières floraisons de la vigne. Transformons nos fleurs printanières, en grappes de fruits charnelles, maternelles et chaleureuses en ce début de saison estival. Elles qui deviendront des élixirs enchanteurs pour un automne ivre d’amour, de joie et de paix !

1. Méditation d’ancrage : déployer les racines de sa Vigne

Vous pouvez écouter et vivre cette méditation, ouverture du live, sur @lesballadespoetiques

Illustration @aureliafronty

2. Symboliques de la Vigne : sources de dialogues interculturels

Ce qui m’appelle dans la Vigne, ce sont ses mille visages symboliques, ces facettes mythologiques, ces mystiques mystérieuses, paraboles bibliques, images de nos profondeurs inconscientes.

Déjà dans la mythologie sumérienne, une déesse nommée Gesthin est associée au vin ainsi qu’à la mère : elle symbolise la source de vie. Le signe sumérien pour la vie était alors une feuille de vigne. La Déesse Mère était aussi nommée La mère-Cep de Vigne ou la Déesse-Cep de Vigne. 

Dans la mythologie greco-romaine que nous connaissons peut-être davantage, la vigne et le vin sont associés à Dionysos chez les grecs, Bacchus chez les romains. Dionysos est aussi dieu de la fête et du théâtre. Symbole des pulsions de vie et de la création, dans ses aspects « sauvages », libres et « spontanée ». Il est aussi symbole des mystères de la vie dans son cycle naissance-mort-renaissance.


Vitraux de la Cathédral Notre-Dame de Paris, 1220-1225, rosace Ouest
Et de la Cathédrale de Chartres, “Zodiaque et travaux du mois” , 1217-1220

La Vigne est aussi très présente dans la Bible et la tradition judéo-chrétienne. Déjà dans la Genèse, Noé plante une vigne à sa sortie de l’Arche et devient ivre et nu en rencontrant son Seigneur. Jésus précise “Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron” (Jean 15:1) et il y a de nombreuses paraboles décrivant cette relation d’interdépendances entre le vigneron – Dieu, le cep – Jésus et les sarments – ses disciplines et ceux qui croient (et croissent) en Lui.

Il est passionnant d’observer les dialogues culturels existant autour de cet archétype qu’est la vigne :
Par exemple, dans la mythologie chinoise, Nǚwā, (chinois traditionnel : 女媧 ; aussi transcrit Nügua) déesse créatrice et épouse de Fuxi, créa les hommes à partir d’argile jaune. La tache manuelle étant fastidieuse, elle finit par créer les humains en prenant une branche de vigne (c’est aussi parfois une corde… peut-être car la branche de vigne est en réalité une liane), qu’elle fit tourner dans l’argile jaune puis dans le ciel. Chaque gouttes tombant sur le sol devint un être humains. Cela expliquerait pourquoi les humains créés de la main de Nǚwā sont riches et ceux issus des gouttelettes restent pauvres et humbles. Nǚwā et son époux Fuxi sont aussi connus pour avoir établi les rites du mariage, comme Noé est le symbole de l’Alliance avec l’arc-en-ciel, et pour avoir sauvé les hommes d’un Déluge ! La source de ce mythe a été retrouvée dans des ouvrages dits des “royaumes combattants” : ShanhaijingLiezi et Chants de Chu– chapitre Questions au Ciel, au IV-IIe siècle av. J.-C. (Huainanzi).

Cela me fascine tant ces résonances entre cultures !



Nǚwā – source inconnue

3. Lecture poétique du persan Hâfez de Chiraz : une merveilleuse découverte grâce à l’amitié

Poète-mystique du XIVème siècle, Hâfez de son nom littéraire Chams ad-Din Mohammad Hafez-e Chirazi (en persan : خواجه شمس‌الدین محمد حافظ شیرازی) est connu pour ses poèmes lyriques puissants et délicats, les “Ghazal” signifiant “paroles amoureuses” où les sens -et notamment l’odorat- sont à l’honneur. La Vigne avec l’Amour sont ses thèmes clés !

Nous sommes les insouciants, enivrés au cœur abandonné !
Nous sommes les confidents de l’amour, familiers de la Coupe de vin !

Contre nous on a tendu l’arc du blâme très souvent,
depuis que les sourcils du Bien-Aimé nous ont séduit.

Toi la fleur, le manque du vin de l’aube t’a brûlé la nuit dernière.
Nous sommes, nous, ce coquelicot né avec la brûlure du manque.

Si le Maître des Mages s’est lassé de notre repentir, 
dis-lui de filtrer le vin : nous voici debout avec nos regrets !

Par Toi notre entreprise avance : Guide sur la route, jette un regard !
Nous l’admettons, nous nous sommes égarés
.

Ne pense pas que vin et coupe soient ici en question comme pour la tulipe.
Vois cette brûlure que nous avons mises dans notre cœur en sang !

Tu as demandé : “Hâfez, à quoi riment tant de couleurs et de fantasmes ?”
Ne te trompe pas, nous sommes justement le tableau nu !”


Extrait du “Le Divân : oeuvre lyrique spirituelle en Perse au XIVème siècle”
par Charles Henri de Fouchérour, Éditions Verdier

Un autre extrait de cette oeuvre est lue par Ronan, à écouter dans le live !

4. Invitation à l’écriture intuitive : le fil rouge-vigne des Ballades Poétiques, aussi pour ce live

Tout comme les Ballades Poétiques extérieures, je vous propose d’incarner votre poésie intérieure par l’écriture intuitive. Pendant le live, celles et ceux qui le souhaitent peuvent prendre auprès d’eux, un carnet et un stylo, afin d’écrire les mots en libres associations d’idées qui vont émerger pendant cette balade.

Mon voeu étant que toutes et tous, nous nous décensurions quand à l’écriture poétique (au sens de poïesis : création)
afin de matérialiser les trésors de notre inconscient.

Voici le poème que j’ai écrit à la suite de cette Ballade :

La Vigne est le signe
Que le vin n’est pas vain
Et que rien ne vaille
Si la coupe qui taille
Est aussi la coupe qui accueille
Telle la grappe de présent que je cueille
Puissance renaissance ici
Porte sacrée de vie

Alors, “poètes du vin, poètes divins” ?

J’aime me rappeler que poème
c’est la peau qui aime.

Poésie, sources et fruits
de l’Amour et du oui
à/de la vie !

*Lumineuse fructification estivale à toutes*
Héloïse