Anne-Linh si vous la croisez à l’entrainement, elle viendra toujours en première vous serrer la main qui que vous soyez. Cette salutation s’accompagnera toujours d’un sourire et de beaucoup d’humilité. Le respect des autres, c’est avant tout le respect de soi et cela Anne-Linh l’a bien compris. La première fois que je la rencontre c’est dans une salle de boxe. D’ailleurs si vous cherchez cette femme, il y a de fortes chances qu’elle soit avec son entraineur Rodriguo Alamos. Tous deux passent la plupart de leur temps à boxer dans une petite salle de boxe du 12 ème arrondissement de Paris à la Team Alamos. Descendre les escaliers de cet endroit c’est accepter de respirer  » l’odeur de la Guerre ». Anne-Linh c’est la puissance d’un corps. C’est la frappe d’une guerrière. C’est le goût du dépassement de soi à travers le respect de l’autre. C’est une femme qui brise les codes à coups d’uppercuts en acceptant de faire ce qu’elle aime.

Tu PEUX TE DÉCRIRE EN 5 MOTS ?

  • Joyeuse
  • Honnête, dans le sens pas de filtre
  • Libre
  • Insolente
  • Têtue

à quoi jouais-tu quand tu étais une enfant?

J’étais plutôt sportive. J’adorais jouer à la balle au prisonnier et j’adore toujours. Je jouais au foot et à la balle assise. Je pratiquais également la gymnastique. J’étais assez créative puisque je dessinais beaucoup et que je faisais de la poterie. Il y avait une multitude de choses qui me plaisaient. Il n’y avait pas une activité en particulier. Je ne faisais aucune considération à savoir si c’était une activité  » réservée » aux filles ou aux garçons. Je faisais tout simplement ce qui me plaisait.

Quel est le premier métier que tu as voulu exercer?

J’ai voulu exercer absolument tous les métiers! J’ai le souvenir que vers l’âge de 9 ou 10 ans je voulais être écrivaine. J’ai toujours aimé écrire, je pense que c’est le premier métier auquel j’ai songé. Peut-être même un peu plus jeune, quand j’ai commencé à avoir un journal intime.

Tu es une femme qui boxe. Tu casses les codes. as-tu déja eu envie d’être un garçon?

J’ai des souvenirs très ancrés de mon enfance et de mon adolescence. Quand j’avais six ans, je me souviens avoir pensé, je crois même que je l’ai dit à ma mère, mais je ne me souviens plus de sa réaction que j’étais née dans le mauvais sexe. Que j’aurais préférée être un garçon. Je trouvais que c’était plus simple et qu’on pouvait faire plus de choses.

Je voyais comment mes parents agissaient avec mon grand frère et clairement il avait plus de liberté. Certes il était plus grand, mais surtout la liberté il l’avait parce que c’était un garçon. Il y a pas mal de choses qu’on m’a interdit dans mon enfance parce que j’étais une fille, donc je voyais tous ces inconvénients.

Dans le sport et notamment dans la boxe il y a quelques inégalités. La différence est surtout physique. Que ce soit au niveau de la diététique, dans le développement musculaire et même en sparrings. Avec des hommes qui ont le même poids on voit une différence dans la musculature. Il y a aussi les différences de traitements qu’il y a envers les femmes. Tous les jugements que l’on peut subir dans notre manière de nous habiller, notre manière d’être, dans notre manière de nous comporter.

Les femmes sont fortes

Team Alamos

Quels sports pratiquais-tu enfant?

  • Danse Hip Hop
  • Gymnastique
  • Volley ball
  • Arts martiaux avec mon papa

à quoi rêvais-tu dans ta chambre étant enfant?

Quand j’avais 12 ans il y avait le coté bagarreuse en moi. Je me souviens c’était l’époque Ong-Bak, ça me fascinait. Ça me faisait rêver aussi. Il y avait ce coté un peu guerrière en moi. Quand tu as envie d’être trop forte pour pouvoir faire la peau à tous les méchants.

Ong-bak

Les femmes sont toutes des guerrières chez toi? Comment est ta maman?

J’ai toujours eu une relation en osmose totale avec ma mère. Quand j »étais enfant je passais mon temps avec elle. Malheureusement ma mère est décédée il y a 8 ans. Elle nous a eu très tard mon frère et moi. Elle a beaucoup profité dans sa jeunesse. C’est une femme qui a vécu mai 1968. À cette époque elle avait 18 ans donc en pleine liberté, elle descendait dans les rues, elle était très libre. Ma mère a énormément voyagé, elle a fait plusieurs fois le tour du monde. C’était une femme assez engagée. Par la suite elle a pris la casquette de la femme au foyer pour s’occuper de ses enfants, et donc elle a mis de côté sa carrière. Elle a retravaillé par la suite mais en partant de plus bas. C’était une femme complètement focus sur l’éducation de ses enfants. Donc oui ma mère était une guerrière.

T’es-tu déja sentie empêchée dans ta tête ou dans ton corps?

Je pense que je me suis déjà sentie empêchée dans la société. Empêchée par les limites que l’on peut ressentir quand on naît dans une famille modeste, pauvre. J’avais préparé les concours de sciences Po et je me disais dans tous les cas je l’ai préparé, je fais ce que je peux mais je sais très bien que je ne serai jamais prise. Parce que en effet sciences Po, c’est quand même une catégorie sociale un peu plus élevée en général. Je m’étais donc mise des barrières psychologiques dans ma tête. Je visais la chose mais je savais très bien que je ne serais pas prise. Bonne nouvelle j’ai été prise!

À quel âge as-tu commencé la boxe?

J’ai commencé la boxe à l’âge de vingt ans. J’ai voulu faire de la boxe très jeune vers l’âge de douze ans. Cependant la boxe thaï coûtait particulièrement cher. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’inscrire à ce sport. Par la suite quand j’ai commencé à avoir un peu d’argent de poche, j’ai émis la possibilité de payer une petite partie, et c’est vrai que ma mère n’était pas complètement d’accord pour que je fasse de la boxe.

Deux ans après le décès de ma maman j’ai commencé la boxe car j’avais  » les moyens  » financiers de me payer les cours. Mon frère lui en faisait déjà depuis quelques années. Il a commençait à l’âge de seize ans. Ma première fois c’était au Club Dausmenil. C’est mon grand frère qui m’y a emmené. J’ai tout de suite adoré.

C’est quoi le queen Gloves ?

C’est un événement 100% Boxe Thaï 100% Féminin qui a pour ambition de promouvoir la pratique de la boxe thaï féminine en France. Le temps d’un gala, les combattantes sont les reines du ring et enfillent les gants pour un combat commun : donner davantage de place aux femmes dans le Muay Thaï, pour promouvoir l’égalité femmes-hommes et combattre la discrimination ainsi que toutes formes de violence exercées à l’encontre des femmes.

Est-ce que tu te sens libre?

C’est difficile de répondre à cela. Tout dépend du sens que l’on donne au mot liberté. Je me sens plutôt libre dans la vie de tous les jours. Je ne me mets pas de barrières vestimentaires, physiques, comportementales. Je me sens plutôt libre à ce niveau là dans ma manière d’agir tous les jours. J’aimerais avoir plus de liberté financière. Par exemple j’aimerais travailler trois jours sur sept plutôt que cinq. Je me sens prisonnière financièrement, il y a toujours des contraintes c’est ce qui me limite le plus pour faire des choses.

Si tu étais une fleur laquelle serais-tu ?

J’hésite entre deux fleurs. Le coquelicot ou la fleur de cerisier japonaise? Je vais dire la fleur de cerisier mais je ne pourrais pas te dire pourquoi.

Tu peux nous raconter ton premier combat de boxe?

Je me rappelle très bien de mon premier combat. C’était une expérience incroyable. Je me suis retrouvée face à une adversaire qui avait déjà beaucoup plus d’expériences que moi. Elle était déjà championne de France et c’était vraiment trop bien. C’était la première fois que je combattais. C’était la première fois que je combattais devant un public aussi important. Le public soutenait principalement mon adversaire. Ce que j’ai ressenti en montant sur le ring c’était beaucoup de stress. Je ne savais pas trop ce que je faisais là. Je ne savais pas trop ce que je devais faire et surtout je n’avais jamais vraiment été face à un public. Je me suis sentie oppressée par tout ce monde, par tous ces applaudissements. Il y avait des caméras et c’est vraiment quelque chose que je n’avais pas l’habitude d’affronter. Dans le combat je me suis sentie très limitée, je n’ai pas lâché ma boxe. J’ai fait ce que j’ai pu face à elle. J’ai perdu. Mais je me sentais tellement contente de l’avoir fait. Je me suis faite laminée et ça m’a donné encore plus le goût du combat. Je me souviens qu’une personne m’a dit  » J’espère que ça t’a pas dégoûté du ring ». Au contraire c’était juste trop bien, j’avais déjà hâte de remonter sur un ring.

est-ce que tu accordes beaucoup d’importance à ton physique?

Alors non pas du tout. Ça fait depuis très longtemps que j’accorde peu d’importance à mon physique ou alors de façon sommaire. Ma routine beauté je n’en ai pas vraiment. Avant de partir au travail je me brosse les dents, je me lave le visage, je me mets de la crème et si j’ai le temps j’arrange un peu ma coiffure.

C’est quoi ton idéal de vie?

Tout d’abord une vie où je ne cause de mal à personne. Une vie paisible en symbiose avec la nature. Je pense que ça se limite à ça mon idéal de vie. Avoir un impact le moins négatif possible en étant sur cette terre. Faire le bien autant que je le peux.

Quel genre d’élève étais-tu à l’école?

J’étais deux sortes d’élèves. J’ai été dans un premier temps une élève modèle avec de très bonnes notes. Par la suite j’ai eu une professeure qui détestait mon grand frère donc j’ai un peu subit les frais et j’ai donc décidé de me rebeller à ce moment. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais punie pour rien donc j’ai commencé à faire des conneries. J’ai commençé à répondre aux professeurs mais j’ai toujours été une bonne élève..

Est-ce que tu t’es déjà battue à l’école?

Oui au collège. J’ai été deux ans dans un collège privé catholique. Les élèves s’habillaient avec des marques ce qui n’était pas mon cas. Je me souviens avoir eu des moqueries de garçons. Un jour j’ai reçu un coup de pied dans les fesses. Quand je me suis retournée il y avait deux garçons derrière moi. À la sortie du collège je me suis battue avec eux à base de coups de genoux. Aujourd’hui je ne me bats plus du tout. J’évite complètement la violence.

Si j’étais aux cotés de la petite fille que j’étais je lui dirais de ne se mettre aucune limite.

Te sens-tu forte?

Oui je me sens forte. Mentalement déjà parce que j’ai déjà vécu certaines expériences de la vie et que je n’ai pas sourcillé. Je me sens assez forte pour subir d’autres aléas de la vie. Physiquement je me sens plutôt forte. Assez forte pour courir assez vite et ainsi éviter quelconque affrontement. J’ai un fort caractère alors au travail comme dans la vie de tous les jours je ne me fais pas marcher dessus. D’ailleurs les hommes ne supportent pas le fait que je parle et ris un peu trop fort et que parfois je sois vulgaire. Parce que ça n’entre pas dans ce que l’on considère comme des qualités féminines. À savoir être discrète, calme, mignonne et de ne pas trop l’ouvrir.

Est-ce que tu pourrais arrêter la boxe?

Ce serait difficile d’arrêter. Tant que j’ai les capacités physique je continue. Plus tard, si j’arrête la compétition j’en ferai moins mais ça fera toujours partie de ma vie.

y a-t-il des choses qui te révoltent?

Les violences faites aux femmes. Les attouchements sexuels, que ce soit dans les transports publics ou encore au travail. Également les propos déplacés au travail, dans les espaces publics ou bien même parfois au sein d’une famille. Il y a beaucoup trop de femmes qui subissent ce genre de violence.

Le dernier paragraphe de cet interview à été écrit en écoutant The Doors – A Feast Of Friends (Lyrics)